La confrontation est proche

Afrique Centrale Info

Afrique Centrale Info, 22 Octobre 2006

Le gouvernement soudanais a ordonné dimanche l’expulsion sous trois jours du représentant de l’ONU à Khartoum, Jan Pronk, décision confirmée par l’ONU et immédiatement dénoncée par le gouvernement du Sud-Soudan.

A New York, le porte-parole de Kofi Annan, Stéphane Dujarric a confirmé que le Soudan avait réclamé le départ de l’envoyé spécial de l’ONU.

"Le secrétaire général a reçu ce matin une lettre du gouvernement soudanais demandant de rappeler son envoyé spécial au Soudan, Jan Pronk", a déclaré M. Dujarric dans un communiqué.

"Le secrétaire général étudie la lettre et a demandé à M. Pronk de venir à New York pour des consultations", a ajouté le porte-parole.

A Londres, le secrétaire d’Etat britannique aux Affaires étrangères chargé de l’Afrique, Lord David Triesman a déclaré que "le gouvernement britannique condamne la décision d’expulser l’envoyé spécial représentant le secrétaire général de l’Onu au Soudan".

"Cette décision est contre-productive et ne contribuera en rien à résoudre les problèmes du Soudan. Je demande au gouvernement soudanais de reconsidérer sa décision", a-t-il ajouté.

A Juba, le parole-parole du gouvernement autonome du Sud-Soudan a qualifié l’expulsion de M. Pronk de "mauvaise décision" qui ne va pas améliorer les relations avec la communauté internationale concernant le conflit du Darfour.

"Le ministère soudanais des Affaires étrangères a donné 72 heures à M. Pronk pour quitter le pays", avait annoncé auparavant l’agence officielle SUNA.

Le gouvernement soudanais avait vivement protesté vendredi contre des propos de M. Pronk pour qui les forces armées avaient subi des revers au Darfour, la région ouest du Soudan en proie à un conflit meurtrier depuis début 2003.

Critiquant les dernières déclarations de M. Pronk, dont les relations avec le régime du président Omar al-Béchir étaient très dégradées, le ministère des Affaires étrangères les avait jugées "pas compatibles avec son mandat".

Pour sa part, l’armée soudanaise avait estimé que M. Pronk devait être déclaré persona non grata pour s’être "ouvertement ingéré dans les affaires des forces armées".

Il avait déclaré dans son blog le 14 octobre que les forces armées soudanaises avaient "perdu au Darfour deux combats majeurs : à Oum Sidir le mois dernier et à Kerakaya cette semaine".

Il avait ajouté que le moral des soldats était bas et dit craindre une mobilisation des milices contre les rebelles au Darfour où pas moins de 200.000 personnes ont péri, selon l’ONU, depuis le début du conflit en 2003.

Depuis Juba, le porte-parole du gouvernement autonome du Sud-Soudan, Yasser Arman, interrogé par l’AFP, a dénoncé la décision du gouvernement central.

L’expulsion de Jan Pronk est "une mauvaise décision qui rapproche le Soudan encore davantage d’une confrontation avec la communauté internationale" sur la question du Darfour a-t-il déclaré.

Selon M. Arman, cette expulsion peut aggraver la situation dans la province occidentale du Darfour et mettre en danger l’administration fédérale mise en place en 2005 à la suite d’un accord entre le Parti du Congrès national du général Omar el-Bachir et les anciens rebelles sudistes regroupés dans le Mouvement/Armée populaire de Libération du Soudan.

"Expulser Jan Pronk ne résoudra pas le problème d’aujourd’hui, à savoir le Darfour", a déclaré M. Arman".

Le président Béchir continue de s’opposer à la communauté internationale qui souhaite l’envoi d’une force onusienne dans cette région grande comme la France, où vivent 7 millions de personnes.

Accusé de soutenir les janjawid, des miliciens arabes responsables des violences contre les populations musulmanes d’ethnies noires, le régime soudanais accuse en retour les partisans d’une force de l’ONU de "visées impérialistes".

Selon l’Onu, les combats avec les rebelles et la crise humanitaire ont fait 200.000 morts et quelque 2,5 millions de déplacés depuis le début du conflit en 2003.

Au terme d’une visite infructueuse de l’émissaire américain au Soudan Andrew Natsios, pendant laquelle il n’a pu rencontrer le président Béchir, Washington s’était montrée prudente sur le différend avec M. Pronk.

"M. Pronk est le représentant de l’ONU là-bas. Je suis convaincu qu’il va poursuivre sa tâche et assumer ses responsabilités", avait déclaré vendredi, le porte-parole du département d’état, Tom Casey.

Jan Pronk, un diplomate néerlandais, est l’émissaire spécial de Kofi Annan depuis 2004. Agé de 66 ans, il avait été député et plusieurs fois ministre aux Pays-Bas, y compris jusqu’en 2002.