Rassemblement à Khartoum contre les rebelles du Darfour

Version Française Philippe Bas-rabérin

Reuters, 14 Mai 2008


Des dizaines de milliers de Soudanais sont descendus mercredi dans les rues de Khartoum en scandant des slogans nationalistes pour dénoncer l'attaque lancée le week-end dernier par des rebelles du Darfour sur la capitale, qui s'est soldée par plus de 200 morts.
Les dirigeants soudanais ont exhorté la communauté internationale à inscrire le Mouvement pour la justice et l'égalité (JEM) sur les listes de groupes terroristes après l'attaque de samedi, la première à affecter directement la capitale depuis des décennies de conflits intérieurs.

Vêtu d'un treillis militaire, le président Omar Hassan al Bachir a pris la tête de la foule pour condamner les rebelles et leur chef, Khalil Ibrahim. Des partisans de l'opposition ont également pris part au rassemblement.

"(Le JEM) applique des programmes élaborés à l'étranger", a dit Bachir en brandissant son bâton de chef traditionnel. "Ils n'ont rien à avoir avec le Darfour (...) ils ont amené des enfants et les ont payés pour qu'ils viennent occuper Khartoum."

Le Soudan accuse le Tchad voisin d'avoir appuyé l'attaque, pour laquelle plus de 300 véhicules rebelles fortement armés ont parcouru 640 km de désert jusqu'à Omdurman, faubourg ouest de Khartoum situé sur l'autre rive du Nil. L'assaut ne s'est arrêté que devant le pont qui conduit au centre de la capitale.

LISTE NOIRE

"Oubliez les hommes. Nous, les femmes soudanaises, nous sommes prêtes et nous vous attendons", a lancé Ihtimad Ali, 32 ans, au rassemblement anti-JEM. "Nous n'avons pas peur."

Dans la foule, certains se demandaient toutefois comment les rebelles avaient pu atteindre la ville pratiquement sans rencontrer d'opposition. Les rebelles ont juré de lancer de nouvelles attaques pour tenter de renverser Bachir.

Des responsables ont dit que le gouvernement avait rendu compte de l'attaque à des diplomates étrangers et réclamé le classement du JEM parmi les organisations terroristes - ce qui pourrait entraîner le blocage éventuel de ses fonds et l'interdiction des déplacements de ses dirigeants à l'étranger.

"Nous estimons qu'il ne fait aucun doute que le JEM est une organisation terroriste et nous allons demander par les canaux diplomatiques que soient livrés tous les dirigeants du JEM opérant dans d'autres pays", a dit Mutrif Siddig, un responsable du ministère des Affaires étrangères.

Le Conseil de sécurité de l'Onu a vivement condamné mardi l'attaque tout en recommandant à Khartoum de ne pas exercer de représailles. Des groupes de défense des droits de l'homme s'inquiètent d'une série d'arrestations intervenue à Khartoum après l'attaque.

Le JEM a annoncé mercredi que les autorités avaient placé la femme de Khalil Ibrahim en garde à vue pendant une journée. Le Soudan a doublé dimanche le montant de la récompense offerte pour la capture d'Ibrahim, en la portant à 250.000 dollars.