Darfour: la force ONU-UA sans doute pas pleinement opérationnelle avant 2009

Redaction

Afp, 24 Avril 2008

La force conjointe ONU-Union africaine au Darfour ne sera sans doute pas pleinement opérationnelle avant 2009, a estimé son chef mardi tandis que l'ONU révisait à la hausse, à quelque 300.000, l'estimation du nombre des morts dûs à la guerre et ses conséquences.

Rodolphe Adada, représentant spécial de l'ONU et de l'Union africaine (UA) pour le Darfour, a déclaré au Conseil de sécurité que la composante militaire de cette force mixte, la Minuad, n'était pour l'instant "déployée qu'à moins de 40% de ses effectifs autorisés de 19.555" et qu'il était "peu probable qu'elle parvienne à être pleinement opérationnelle avant 2009".

La Minuad a été créée par le Conseil de sécurité en juillet 2007 pour protéger la population du Darfour, province de l'ouest du Soudan grande comme la France ravagée par une guerre civile depuis cinq ans.

Le déploiement de cette force, qui doit compter au total quelque 26.000 hommes - 19.500 soldats et 6.500 policiers - rencontre de nombreuses difficultés, logistiques et politiques.

"Nous sommes en retard et nous allons tenter d'accélérer le déploiement. Nous aurons peut-être 80% de la force (sur le terrain) à la fin de l'année", a déclaré plus tard M. Adada à la presse.

Les Occidentaux du Conseil ont fixé au mois de juin la date à laquelle ils veulent voir déployées quelque 3.600 nouvelles troupes africaines de la Minuad, esentiellement des contingents éthiopien et égyptien, ouvrant la voie à l'arrivée d'unités d'élite thaïlandaise et népalaise.

Le déploiement de ces dernières, qui sont prêtes, est retardé depuis des mois par le président soudanais Omar el-Béchir, qui exige que toutes les ressources en troupes africaines soient épuisées avant d'accepter l'arrivée de non-Africains.

M. Adada a également averti le Conseil que l'état déplorable des routes au Darfour et l'approche de la saison des pluies allaient rendre les principales voies d'acheminement de matériel impraticables en de nombreux endroits de la province.

M. Adada a aussi affirmé que la Minuad ne disposait toujours pas de 24 hélicoptères essentiels au bon accomplissement de son mandat - six appareils d'attaque et 18 de transport - ni d'unités du génie et de soutien logistique également jugées indispensables.

"Nos forces sont confrontées à des conditions exceptionnellement difficiles," a-t-il dit. "Je dois vous dire que les obstacles à surmonter et les risques courus n'ont pas diminué au cours des trois derniers mois", a-t-il ajouté à l'adresse des quinze Etats du Conseil.

M. Adada a aussi brossé un sombre tableau des perspectives de paix entre Khartoum et la rébellion extrêmement fragmentée du Darfour.

"Malheureusement, il est clair aujourd'hui au Darfour que la paix n'est pas considérée comme très séduisante. Ni politiquement, ni économiquement", a-t-il dit.

Par ailleurs, le secrétaire général adjoint de l'ONU pour les affaires humanitaires, John Holmes, a indiqué au Conseil que le bilan des morts de la guerre et de ses conséquences au Darfour était peut-être aujourd'hui de 300.000, alors qu'il était estimé jusqu'alors à 200.000.

"Une étude en 2006 avait fait état de 200.000 morts des effets combinés du conflit. Ce chiffre doit être plus élevé maintenant, peut-être de 50%", a-t-il déclaré.

M. Holmes a toutefois souligné, peu après devant la presse, qu'il n'avait pas cherché à donner "un chiffre exact" des morts au Darfour mais qu'il s'agissait d'une "extrapolation raisonnable".

L'ambassadeur du Soudan à l'ONU, Abdalmahmood Abdalhaleem Mohamad, a rejeté cette estimation comme "non objective et non professionnelle".

"Selon nos propres calculs, le nombre des morts n'excède pas 10.000", a-t-il dit, précisant que ce chiffre n'incluait que les décès dûs aux violences et pas ceux résultant de maladies ou de malnutrition. "Il n'y a pas d'épidémie ni de famine au Darfour", a-t-il affirmé.