Les six membres de l'Arche de Zoé graciés ont été remis en liberté

Redaction

Afp, 01 Avril 2008


Les six Français de l'Arche de Zoé, graciés lundi par le président tchadien, trois mois après leur condamnation pour avoir tenté d'exfiltrer 103 enfants vers la France, ont été libérés dans la soirée des différents établissements pénitentiaires français où ils étaient incarcérés.

Les trois premiers à recouvrer la liberté ont été les logisticiens Dominique Aubry et Alain Péligat ainsi que le médecin Philippe van Winkelberg. Ils ont quitté leurs prisons respectives de Caen, Villenauxe-la-Grande (Aube) et Draguignan (Var) et ont retrouvé des amis qui les attendaient, ont constaté des journalistes de l'AFP ainsi que des membres de leurs comités de soutien.

Le président de l'association, Eric Breteau, et sa compagne et assistante, Emilie Lelouch, incarcérés à Fresnes (Val-de-Marne), ont été libérés vers 21h30, a-t-on appris de source judiciaire.

La levée d'écrou de l'infirmière Nadia Merimi, détenue à l'hôpital de Villejuif, a également été prononcée. Selon une source proche du dossier, elle devait toutefois rester hospitalisée à Villejuif où elle avait été transférée dès son retour en France, en état d'épuisement.

La libération des six membres de l'association est intervenue quelques heures après leur grâce, par décret, du président tchadien Idriss Deby Itno.

La grâce accordée par le président Deby, qui a échappé, grâce au soutien militaire de la France, à une attaque rebelle menée les 2 et 3 février, concerne aussi l'intermédiaire tchadien Mahamat Dagot, condamné à quatre ans de prison pour "complicité", mais pas l'autre intermédiaire condamné à cette même peine, le Soudanais Souleïmane Ibrahim Adam, qui n'aurait pas formulé de demande de grâce.

Condamnés le 26 décembre 2007 par la Cour criminelle de N'Djamena à huit ans de travaux forcés pour "tentative d'enlèvement d'enfants", les six Français avaient été incarcérés en France où ils avaient été transférés deux jours après leur jugement et où leur peine a été adaptée en huit ans de prison.

Les proches et avocats des six condamnés ont tous salué cette mesure de grâce, l'avocat de Breteau et Lelouch, Me Gilbert Collard, soulignant qu'ils allaient "mettre à profit" leur liberté "pour faire entendre (leur) vérité".

Les avocats des six membres avaient fait appel du jugement du tribunal de Créteil convertissant la peine tchadienne dans le droit français.

La grâce "n'est qu'une dispense d'exécution de peine" mais n'annule en rien cette peine qui, en cas de désistement de l'appel, restera inscrite au casier judiciaire des six membres de l'Arche de Zoé, a-t-on indiqué de source judiciaire.

Toutefois, les six Français n'en ont pas fini avec la justice puisqu'ils sont visés par une instruction menée à Paris par les juges Yann Daurelle et Martine Vezant pour "exercice illégal de l'activité d'intermédiaire en vue d'adoption", "aide au séjour irrégulier de mineurs étrangers en France" et "escroquerie".

Quatre d'entre eux, Eric Breteau, Emilie Lelouch, Philippe van Winkelberg, et Alain Péligat ont été mis en examen dans ce dossier.

Nadia Merimi et Dominique Aubry ont été placés sous le statut de témoin assisté (à mi-chemin entre le statut de témoin et celui de mis en examen).

La question des 4,12 milliards de francs CFA (6,3 millions d'euros) que les condamnés doivent toujours verser "solidairement" aux familles des 103 enfants reste également posée. Cette question "n'est pas concernée par la grâce", a insisté le gouvernement tchadien.