Les six membres de l'Arche de Zoé libérés

Gérard Bon

Reuters, 30 Mars 2008

Après cinq mois de prison au Tchad puis en France, six travailleurs humanitaires français de L'Arche de Zoé ont été libérés lundi soir en vertu d'une grâce accordée par le président tchadien Idriss Déby.
Les membres de l'ONG avaient été condamnés à huit ans de prison pour tentative d'enlèvement de 103 enfants africains.

Le décret tchadien a été transmis en fin de journée aux autorités françaises et la levée d'écrou des six membres de l'ONG est intervenue dans la soirée, a déclaré la Chancellerie.

Le président de l'ONG, Eric Breteau, et sa compagne Emilie Lelouch, ont quitté la prison de Fresnes, dans le Val-de-Marne, à l'insu des nombreux journalistes présents sur place, qui n'ont pu les filmer ou les photographier.

Le président Nicolas Sarkozy a souligné que la décision tchadienne était "dans la ligne des entretiens" qu'ils avait eus avec le président Déby, selon un communiqué de l'Élysée.

Le mois dernier, Idriss Déby, dont le régime était menacé par l'assaut à N'Djamena d'une guérilla armée, avait lié le règlement du dossier au paiement des 6,3 millions d'euros de réparations décidées pour les victimes par la cour criminelle de N'Djamena.

Le gouvernement français avait refusé de payer cette somme, l'État français n'étant pas juridiquement concerné.

Me Gilbert Collard, avocat d'Eric Breteau et d'Emilie Lelouch, a déclaré que ses clients allaient maintenant mettre à profit leur liberté pour "faire entendre leur vérité."

"Ils pourront se défendre comme ils n'ont pas pu le faire jusqu'à présent. Quand on est en prison, on ne peut pas dialoguer avec des journalistes, on ne peut pas leur communiquer des pièces", a-t-il dit à Reuters.

"Dès l'instant où ils seront libérés, ils auront les moyens de parler en toute liberté", a-t-il ajouté.

PROCÉDURE EN FRANCE

"C'est le soulagement, on n'y croyait plus", a dit sur Europe 1 Anne-Sophie, la nièce du logisticien Dominique Aubry.

"En revanche, son honneur n'est pas lavé, il a vraiment hâte que tout le volet français se fasse, parce que lui n'est pas mis en examen. Et il a vraiment hâte que la lumière soit faite pour qu'il puisse regarder les gens en face", a-t-elle ajouté.

Arrêtés le 27 octobre dans l'est du Tchad alors qu'ils s'apprêtaient à emmener en France 103 enfants, les six membres de l'Arche de Zoé ont été condamnés en décembre à huit ans de travaux forcés par la cour criminelle de N'Djamena pour tentative d'enlèvements.

Ils ont été transférés le 28 décembre en France, où leur peine a été convertie le 28 janvier en huit ans de prison par le tribunal correctionnel de Créteil, malgré les protestations de leurs avocats, qui estimaient le procès au Tchad inéquitable.

L'affaire a relancé le débat sur l'aide humanitaire en France et perturbé les relations entre Paris et N'Djamena, au moment où la France s'apprêtait à participer militairement à une force d'interposition au Soudan voisin.

Les six de l'Arche de Zoé se disent victimes d'une injustice et expliquent n'avoir cherché que le bien des enfants, supposés être sauvés du conflit de la province soudanaise du Darfour.

L'enquête a cependant montré que les 103 enfants, récemment rendus à leurs familles, n'étaient ni orphelins ni soudanais, et avaient été recueillis dans l'est du Tchad auprès de leurs parents, via des intermédiaires.

L'Arche de Zoé parlait lors des démarches non d'une évacuation vers la France mais d'un séjour dans un centre au Tchad pour des soins médicaux et un enseignement.

Une autre procédure est en cours en France sur cette affaire pour "escroquerie, exercice illégal de la profession d'intermédiaire en vue de l'adoption et aide au séjour irrégulier de mineurs étrangers", mais elle ne s'opposait pas à leur libération car aucun mandat de dépôt n'a été délivré par les juges d'instruction parisiens.

Sont mis en examen dans ce cadre le président de l'ONG Eric Breteau, sa compagne Emilie Lelouch, le médecin Philippe Van Winkelberg, et le logisticien Alain Péligat.