Graciés, les membres de L'Arche de Zoé échappent à la prison

Sylvain Beson

Le Temps, 01 Avril 2008

Les activistes de L'Arche de Zoé s'en sortent à bon compte. Condamnés fin janvier à 8 ans de prison par la justice française, sur la base d'une peine prononcée au Tchad, ils ont été graciés lundi par le président tchadien Idriss Déby. Le décret de grâce a été immédiatement transmis en France, où ils sont détenus depuis trois mois, et leur libération devait intervenir hier soir.

«Je suis heureuse, mais je pense qu'ils ont perdu trop de temps en prison. Ils n'avaient rien à y faire», commente Delphine Philibert du Collectif des familles pour les orphelins du Darfour (Cofod), qui soutient les membres de L'Arche de Zoé. Les humanitaires graciés restent poursuivis en France pour escroquerie, aide à l'immigration clandestine et activité illégale d'intermédiaire dans le domaine de l'adoption. Mais leur placement en détention n'a pas été requis dans cette procédure.

Travaux forcés au départ

A l'origine, les membres de L'Arche de Zoé avaient été condamnés à 8ans de travaux forcés au Tchad, pour avoir tenté d'évacuer clandestinement 103 enfants présentés comme des orphelins du Darfour. En réalité, les enfants n'étaient pas orphelins - la quasi-totalité d'entre eux ont depuis retrouvé leurs familles - et ne venaient pas de la province soudanaise.

Eric Breteau et sa compagne Emilie Lelouch, les maîtres d'œuvre de l'opération, reconnaissent aujourd'hui qu'ils se sont «plantés sur certaines choses», explique Delphine Philibert, qui les a rencontrés en prison. Selon elle, «ils ont trop fait confiance à des gens sur place» lors du processus de sélection des prétendus orphelins.

Les autorités françaises, qui ont beaucoup œuvré au retour des détenus sur leur territoire, ont réagi avec discrétion hier. Nicolas Sarkozy a simplement «pris connaissance» de la décision du président tchadien. Son ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, «comprend le soulagement» des membres de L'Arche de Zoé, tout en qualifiant leur opération de «triste aventure qui ne doit pas ternir l'image de l'action humanitaire».