Le Tchad accuse le Soudan d'avoir bombardé sa frontière

Afp

Le Figaro, 28 Octobre 2006

N'Djamena affirme que l'aviation de Khartoum a bombardé vendredi quatre localités tchadiennes et menace de riposter.

Trois mois seulement après la réconciliation officielle entre les deux pays, le torchon brûle à nouveau entre le Tchad et le Soudan. «L'aviation soudanaise a pris comme cibles les localités tchadiennes de Bahaï, Tiné, Karyari et Bamina, détruisant des habitations de paisibles citoyens tchadiens et semant le désarroi au sein des populations de ces localités frontalières tchadiennes», a annoncé samedi le porte-parole du gouvernement tchadien, sans faire état de pertes humaines.

Plus tard dans la soirée, le ministre des Affaires étrangères a menacé d'exercer des représailles contre le Soudan. «Nos forces armées useront de tous les moyens pour pourchasser les agresseurs venus du Soudan jusqu'à leurs derniers retranchements en territoire soudanais. La déstabilisation de notre pays doit cesser», a prévenu le chef de la diplomatie tchadienne.

Les organisations humanitaires ne confirment pas l’attaque

Dans l’après-midi, le Soudan a démenti avec force avoir mené une attaque. «Ces accusations sont sans fondement. Nous n'avons pas de forces aériennes dans la partie du Soudan proche de ces localités et aucune intention d'escalade avec le Tchad», a déclaré le porte-parole du ministère des Affaires étrangères. «Nous nous étonnons du recours par le Tchad à de telles accusations en ce moment», a-t-il ajouté, faisant référence aux pressions exercées sur Khartoum pour accepter des forces de l'ONU dans la région occidentale du Darfour, en guerre civile, limitrophe du Tchad.

Les organisations humanitaires implantées dans le secteur se sont déclarées «surprises» d’apprendre que des raids avaient visé la région. «Nos collègues présents dans la région ne se sont aperçus de rien», a expliqué l’une d’elles.

Les rebelles tchadiens démentent être soutenus par le Soudan

Le bombardement rapporté par les autorités tchadiennes intervient quelques jours après que N'Djamena eut accusé Khartoum de soutenir les rebelles tchadiens de l'Union des forces pour la démocratie et le développement (UFDD), qui ont repris le 22 octobre leurs opérations militaires contre le régime du président Idriss Deby Itno. Mais les rebelles ont démenti être soutenus par les Soudanais, ce qu’a confirmé Khartoum, qui a assuré jeudi qu'il n'avait «rien à voir avec les combats en territoire tchadien».

Les hommes de l'UFDD, fruit de la récente fusion de plusieurs groupes hostiles au régime de N'Djamena, ont brièvement occupé dimanche trois villes. Selon un bilan rendu public par un ministre tchadien, les affrontements qui en ont découlé ont fait une trentaine de morts côté rebelle, 9 morts dans les rangs des forces gouvernementales ainsi que 2 civils. Le chef de l'UFDD a pour sa part affirmé que les prises de Goz Beïda et d'Am Timan s'étaient soldées par la mort de 73 soldats de l'armée gouvernementale et de 2 rebelles.

Depuis, les forces rebelles disent s’être repliées près des frontières soudanaise et centrafricaine, dans l'extrême est du Tchad. Le ministre tchadien de la Défense a pour sa part assuré que les colonnes de l'UFDD s'étaient réfugiées sur le territoire soudanais.

Le Tchad et le Soudan ont normalisé leurs relations le 8 août après plusieurs mois d'un conflit larvé, les deux pays s'accusant mutuellement de soutenir des rébellions hostiles à leur régime.