L'UNHCR transfère des réfugiés soudanais vulnérables vers des camps plus à l'intérieur du Tchad

Redaction

Unhcr, 11 Mars 2008

L'agence des Nations Unies pour les réfugiés a commencé le transfert plus à l'intérieur des terres des personnes les plus vulnérables parmi un groupe de plusieurs milliers de réfugiés soudanais récemment arrivés à la frontière orientale du Tchad.

Un premier groupe de 117 réfugiés originaires de 34 familles ont été transférés avec leurs biens jeudi depuis la zone frontalière instable de Birak vers le camp de réfugiés de Kounoungou, qui se situe à environ 70 kilomètres de la frontière Tchad-Soudan. Un deuxième transfert prévu pour vendredi a été reporté en raison du regain des combats du côté soudanais de la frontière. Davantage de déplacements sont attendus.

Les personnes transférées jeudi font partie des quelque 13 000 réfugiés arrivés dans l'est du Tchad depuis le 8 février, fuyant les attaques terrestres et aériennes sur des villages et des camps de déplacés internes de l'autre côté de la frontière, dans l'ouest du Darfour soudanais.

Les équipes de l'UNHCR ont distribué aux réfugiés des colis d'urgence comprenant des couvertures. La plupart des réfugiés s'abritent sous des arbres depuis trois semaines. Les employés de l'agence pour les réfugiés présents dans la zone de Birak ont également informé les réfugiés de l'opération visant à transférer, vers les deux camps situés près de la ville de Guéréda, les personnes les plus vulnérables et nécessiteuses parmi eux.

Serge Malé, délégué de l'UNHCR au Tchad, a déclaré que les réfugiés gravement traumatisés et blessés seraient « parmi les premiers à être transférés vers les camps de réfugiés existants, où ils pourront être mieux aidés et protégés. »

Priorité sera aussi donnée aux mères célibataires, aux personnes âgées, aux femmes enceintes et aux personnes ayant des besoins spéciaux qui désirent être transférées. Serge Malé a indiqué que celles qui ne souhaitaient pas être transférées étaient libres de rester le long de la frontière pour recevoir de l'aide de l'UNHCR ou de rentrer au Soudan.

L'UNHCR a découvert plusieurs adultes et des enfants sévèrement blessés parmi les personnes arrivées à Birak et a pu organiser des soins médicaux pour eux. Dadja, par exemple, aurait pu mourir si elle n'avait pas été transférée loin de la frontière et soignée dans un hôpital géré par le partenaire de mise en oeuvre de l'UNHCR, l'IMC (International Medical Corps).

Son père, Ismail Adam, tient un morceau d'obus, le pointant en direction de la petite de cinq ans, qui se remet d'une opération. « C'est le morceau qu'il ont retiré de la partie inférieure de son abdomen », explique-t-il doucement.

Ismail Adam raconte qu'il vivait avec sa famille dans un site de déplacés internes à Sileah, dans l'ouest du Darfour, quand des hommes armés, appartenant selon lui aux milices janjaweed, ont attaqué le village. « Le soir, quand ils ont terminé, je suis revenu en courant vers la maison et j'ai découvert Djada. Elle était allongée par terre et elle saignait. Je l'ai portée jusqu'à Birak. » L'enfant devrait se rétablir de l'opération.

Quand les transferts depuis la frontière reprendront, les réfugiés vulnérables seront transportés vers des camps établis comme Mile et Kounoungou, un camp qui accueille 13 500 réfugiés soudanais depuis 2004 et qui peut encore recevoir 6 000 réfugiés supplémentaires.

Parmi les personnes récemment arrivées à Kounoungou figurent trois mères et leurs neuf enfants. Ils sont abrités dans trois tentes. L'une d'elle est occupée par Khamisa, âgée de 31 ans, qui a aussi fui l'attaque sur Sileah au Darfour, avec quatre de ses cinq enfants.

« Mon mari est resté à la frontière avec notre fils aîné », dit-elle, en expliquant : « Il essaie de retrouver nos proches. Quand les attaques ont commencé à Sileah, nous avons tous couru dans différentes directions et de nombreuses familles ont été séparées. »

Les assaillants ont détruit et pillé les maisons à Sileah, un village qui est peuplé en majorité de personnes déplacées internes comme Khamisa, qui a marché pendant une journée et demie avant d'atteindre la frontière. « Sur le chemin vers le Tchad, nous avons été harcelés par des Janjaweed », a-t-elle indiqué. Les équipes de l'UNHCR qui se sont entretenues avec les nouveaux arrivants ces dernières semaines ont entendu des expériences similaires.

Pendant ce temps, les employés travaillant à Kounoungou, et dans le camp de Mile situé à proximité, préparent des abris pour les nouveaux arrivants. A leur arrivée, les réfugiés bénéficieront d'une visite médicale. Ils recevront une ration alimentaire d'un mois de la part du Programme alimentaire mondial, ainsi qu'un colis d'articles humanitaires. Tous seront hébergés temporairement dans des tentes et recevront ensuite un lot de terrain où ils pourront construire leur propre maison.

Parallèlement, Serge Malé de l'UNHCR a indiqué que l'agence pour les réfugiés, qui travaille avec les autorités ainsi que les forces de maintien de la paix des Nations Unies et de l'Union européenne, « assurerait un environnement plus sûr pour toutes les populations affectées par le conflit et l'instabilité. »