La situation au Darfour et les relations Tchad-Soudan alarment l'ONU

Redaction

Afp, 08 Février 2008

La poursuite des hostilités au Darfour et le conflit larvé entre le Tchad et le Soudan, par groupes rebelles interposés, menacent de déboucher sur un conflit plus large et compromettent les efforts de paix internationaux, a averti vendredi un haut responsable de l'ONU.

La situation au Darfour a été "exacerbée par les violences au Tchad ces derniers jours", a déclaré au Conseil de sécurité le Français Jean-Marie Guéhenno, secrétaire général adjoint pour les opérations de maintien de la paix, de retour d'une tournée dans la province soudanaise.

L'attitude des gouvernements soudanais et tchadien, qui s'accusent mutuellement de soutenir les rebelles de part et d'autre de leur frontière, "alimente les tensions entre les deux pays et démontre que le potentiel existe d'un conflit de dimension internationale dans la région", a-t-il ajouté.

Le responsable onusien a désigné les récentes hostilités au Darfour-ouest entre les forces soudanaises et les rebelles d'une faction du Mouvement pour la justice et l'égalité (JEM) dirigée par Khalil Ibrahim, comme l'un des "principaux problèmes de sécurité au Darfour". Le JEM-Khalil Ibrahim est réputé proche du président tchadien Idriss Déby Itno.

S'adressant ensuite à la presse, M. Guéhenno a dit son inquiétude devant les informations faisant état de nouveaux combats au Darfour-ouest.

L'armée soudanaise, soutenue par des miliciens Janjawid, a lancé vendredi une offensive d'envergure contre plusieurs localités de cette région, faisant plusieurs dizaines de tués et de blessés, selon un commandant du JEM, information confirmée par la Minuad, la force "hybride" ONU-Union africaine (UA) au Darfour.

Rappelant que celle-ci continue de se heurter à de sérieux problèmes "de sous-effectifs et de sous-équipement" et à des difficultés logistiques et administratives, M. Guéhenno a souligné le danger pour elle de se retrouver en mauvaise posture en plein conflit alors qu'elle est censée protéger des civils.

"Pour une force de maintien de la paix, devoir opérer au milieu d'une guerre est une position très dangereuse", a-t-il averti.

La Minuad doit devenir la plus importante force de maintien de la paix dans le monde avec 20.000 soldats et 6.000 policiers. Mais seuls 9.000 hommes sont pour l'instant déployés.

La Minuad a pris début janvier le relais de l'Amis, l'ancienne force de l'UA, mal équipée et sous financée. Elle est chargée de protéger les populations civiles sur un territoire grand comme la France livré à la guerre civile depuis cinq ans.

Sur le plan du déploiement, M. Guehenno a indiqué que l'ONU s'attacherait en priorité à mettre en place un contingent de troupes éthiopiennes, à condition que Khartoum accepte rapidement le déploiement simultané d'unités de forces spéciales népalaises et thaïlandaises.

Khartoum traîne des pieds depuis des mois pour permettre que des non-Africains fassent partie de la Minuad, insistant pour que l'ONU épuise d'abord les possibilités de fourniture de troupes africaines.

L'ambassadeur américain, Zalmay Khalilzad, a mis le Soudan en demeure de "coopérer pleinement lors des prochaines étapes du déploiement", en mars et avril. Faute de quoi, a-t-il dit, "le Conseil de sécurité devra envisager une action appropriée", une allusion à de possibles sanctions. "La crédibilité du Conseil de sécurité est en jeu", a souligné M. Khalilzad.

L'émissaire de l'ONU au Darfour, Jan Eliasson, a pour sa part indiqué que les perspectives d'un accord rapide entre les multiples factions de la rébellion sur des positions communes "apparaissent minces".

M. Eliasson et son homologue de l'UA Salim Ahmed Salim tentent de faire redémarrer le processus de paix après l'échec de pourparlers en octobre en Libye.

Province occidentale du Soudan, le Darfour connaît depuis février 2003 une guerre civile qui a fait quelque 200.000 morts et plus de 2 millions de déplacés, selon l'ONU. Khartoum conteste ce bilan et ne parle que de 9.000 morts.