L'armée soudanaise attaque trois villes au Darfour

Avec La Contribution De Louis Charbonneau, Version Française Jean Décotte Et Gwénaëlle Barzic

Reuters, 09 Février 2008

L'aviation et l'armée de terre soudanaises ainsi que des milices alliées au gouvernement de Khartoum ont attaqué trois villes de l'ouest du Darfour et causé de lourdes pertes parmi les civils, ont rapporté des témoins et des rebelles de la province soudanaise.

"Le gouvernement a attaqué la ville d'Abu Surouj ce matin (...), une attaque frontale avec des véhicules, des chevaux et des bombardements", a déclaré à Reuters le chef rebelle darfourien Abdel Aziz el-Nur Ashr, du Mouvement pour la justice et l'égalité (JEM).

"Actuellement, ils poursuivent leur offensive contre trois villes (...) dont Suleia", a-t-il dit.

Il a dans un premier temps estimé à environ 200 le nombre des victimes et a noté qu'il était difficile d'obtenir une estimation fiable, l'armée se trouvant toujours sur les lieux.

Le gouverneur de la province du Darfour-Occidental, Abu el-Gasim, a confirmé que les forces gouvernementales étaient entrées dans les villes de Sirba, Suleia et Abu Surouj pour les reprendre aux rebelles. Abu Surouj compte 150.000 habitants et accueille aussi des personnes qui ont fui les violences dans la région.

Il a affirmé qu'il n'y avait pas de victimes et a nié tout bombardement.

"Quelques maisons ont été incendiées, mais il n'y a pas de blessé et aucun civil n'a été tué. J'ai suivi la situation avec attention", a-t-il dit à Reuters.

Des habitants d'el-Geneïna, la capitale provinciale, ont dit à Reuters qu'ils avaient entendu des appareils Antonov passer non loin d'eux et qu'ils avaient vu des hélicoptères.

Les rebelles affirment contrôler la région au nord d'El-Gueneïna, où ils combattent régulièrement l'armée soudanaise et où les ONG humanitaires n'ont plus accès.

Ashr avait indiqué précédemment qu'il s'attendait à de nouvelles attaques du fait que le gouvernement de Khartoum a remobilisé selon lui les milices djandjaouids dans la région.

Yehia Abakr, un habitant de Sirba, a déclaré à Reuters par téléphone qu'il avait fui le centre-ville lorsque les forces gouvernementales avaient attaqué.

"Ils ont tué de nombreuses personnes", a-t-il dit.

L'ARMÉE NIE AVOIR FAIT DES VICTIMES

L'armée soudanaise a confirmé avoir mené une opération dans la région pour déloger le JEM, qui avait selon elle tendu des embuscades à ses soldats. Mais elle a démenti avoir fait des victimes.

"Les forces armées ont attaqué les zones où se trouvent les rebelles mais aucun civil n'a été tué", a dit un porte-parole.

Ashr affirme de son côté que les rebelles n'ont pas déployé de combattants à l'intérieur des villes.

Deux autres groupes rebelles ont également rapporté que la région voisine de Djebel Moun, près de la frontière entre le Soudan et le Tchad, avait été bombardée.

Le commandant de la Mission des Nations unies et de l'Union africaine au Darfour (Minuad), le général nigérian Martin Luther Agwai, s'est dit très préoccupé par cette attaque soudanaise, exhortant les deux bords à faire preuve de retenue.

"En plus des pertes en vies humaines et des destructions, le risque existe d'un déplacement massif de populations, aggravant une situation humanitaire déjà critique", a-t-il dit.

La Minuad, dont les règles d'engagement opérationnelles doivent être ratifiées samedi par le gouvernement de Khartoum, ne dispose pour le moment que de 9.000 soldats et policiers, contre 26.000 annoncés.

PESSIMISME À L'ONU

A New York, l'émissaire spécial de l'Onu au Darfour Jan Eliasson a déclaré qu'il "semblait s'agir d'une opération d'assez grande envergure".

Devant le Conseil de sécurité où il présentait un rapport sur l'état des discussions entre les groupes rebelles, il a dressé un tableau plutôt sombre de la situation au Darfour, soulignant que la paix demeurait hors d'atteinte après cinq années de conflit.

Il a notamment souligné que les différents groupes rebelles de la région avaient peu progressé dans la préparation des nouvelles négociations de paix. "Ils ne sont toujours pas prêts dans une large mesure à engager des discussions substantielles, a-t-il dit. Le mouvement n'a toujours pas de positions fermes et n'a pas encore formé d'équipe commune".

Jean-Marie Guéhenno, le sous-secrétaire général chargé des opérations de maintien de la paix, s'est aussi montré pessimiste, indiquant que le déploiement de la Minuad rencontrait toujours des obstacles et qu'elle pourrait être contrainte d'entamer ses opérations alors que les hostilités se poursuivent.