Tchad: N'Djamena tombée aux mains des rebelles, Deby résiste à la présidence

Redaction

Afp, 02 Février 2008


Les rebelles tchadiens se sont emparés samedi matin de N'Djamena après seulement trois heures d'affrontements avec les troupes gouvernementales, mais le président Idriss Deby Itno résistait toujours depuis le palais présidentiel, encerclé par les combattants.

"Les forces tchadiennes ont élargi le périmètre de sécurité autour du palais présidentiel", a-t-on indiqué samedi soir à Paris de source militaire française, précisant toutefois que "les combats se poursuivent dans N'Djamena".

La rébellion tchadienne envisageait samedi soir d'attaquer le bâtiment présidentiel, a indiqué un des dirigeants des rebelles, Abakar Tollimi.

"Le président est toujours retranché dans son palais. Toute le reste on contrôle", a affirmé M. Tollimi lors d'un contact par téléphone satellitaire.

Quelques heures plus tôt, ce dirigeant avait déclaré que le président Deby pouvait partir de la présidence s'il le désirait.

La capitale semblait sous contrôle de la rébellion en dehors du quartier de la présidence, selon une source militaire à N'Djamena, où les tirs étaient en fin d'après-midi très sporadiques, selon un journaliste de l'AFP.

Le président avait tenté à la mi-journée de desserrer l'étau de la rébellion qui l'encercle en faisant tirer des chars, a-t-on appris de source militaire.

Selon des témoins, dans certains quartiers, la population avait salué l'arrivée des rebelles circulant dans des pick-up camouflés, vêtus de treillis vert olive et portant des brassards blancs.

Des pillages ont été constatés dès leur arrivée, selon des responsables de services de sécurité d'organismes internationaux. D'autres témoins affirment que les prisonniers de la maison d'arrêt de N'Djamena ont été libérés.

Le pouvoir n'a jusqu'à présent communiqué que via son ministre des Affaires étrangères, Amad Allam-Mi, soucieux de minimiser l'avancée des rebelles en marge du sommet de l'Union africaine, à Addis Abeba.

"J'ai parlé avec la présidence", a-t-il déclaré. "Ils m'ont assuré que la situation était bien sous contrôle. Il y a dans la ville des accrochages mais pas de combats de grande échelle."

Selon une source militaire française, environ 2.000 rebelles avaient pénétré dans la capitale à bord de 4X4, équipés de mitrailleuses, lance-roquettes et Kalachnikov.

Depuis lundi, une colonne rebelle composée de quelque 300 pick-up pouvant transporter dix à quinze hommes chacun a traversé le Tchad sur 800 km à partir du Soudan. Leur progression n'avait pas rencontré de résistance jusqu'à vendredi vers la localité de Massaguet, à 50 km au nord-est de la capitale, où l'ANT était allée vainement tenter de la bloquer avec à sa tête le président Deby.

Le chef d'état-major de l'armée tchadienne Daoud Soumaïn aurait été tué vendredi à Massaguet, selon une source militaire tchadienne.

L'épouse et la fille d'un employé de l'ambassade d'Arabie saoudite ont été tuées samedi par l'explosion d'une bombe à la résidence de l'ambassadeur à N'Djamena, a annoncé un porte-parole du ministère saoudien des Affaires étrangères.

Le ministère français des Affaires étrangères, qui "condamne fermement la tentative de prise du pouvoir par la force", a appelé les 1.500 résidents français dans le pays à "s'abriter dans leurs habitations".

Quelque 700 ressortissants français et étrangers pourraient commencer à être évacués dès samedi après-midi, a-t-il indiqué.

Selon l'état-major des armées, 150 soldats français sont arrivés samedi matin de Libreville, portant à 1.450 le nombre des soldats français au Tchad dans le cadre du dispositif Epervier, présent depuis 1986 dans le pays.

De son côté, l'ONU a commencé l'évacuation de son personnel de N'Djamena.

Washington a indiqué suivre la situation au Tchad, autorisant certains personnels de l'ambassade et leurs familles à quitter le pays.

Le président Nicolas Sarkozy s'est "entretenu longuement avec le président Deby", a par ailleurs déclaré le porte-parole de l'Elysée

L'attaque sur N'Djamena intervient alors que doit être lancée la force européenne dans l'est du Tchad et en Centrafrique (Eufor), censée protéger 450.000 réfugiés du Darfour et déplacés tchadiens et centrafricains.

Plusieurs experts estiment que le Soudan, parrain des rebelles tchadiens, les a incités à attaquer pour perturber ce déploiement.