L'armée soudanaise bombarde des positions au Darfour (chef rebelle)

Afp

Le Monde, 14 Janvier 2008

Le chef du groupe rebelle Mouvement pour la justice et l'égalité (JEM) a accusé lundi l'aviation soudanaise de bombarder depuis trois jours des positions au Darfour (ouest du Soudan) afin de desserrer l'étau autour de la ville de Geneina que son groupe affirme encercler.

Ces bombardements n'ont pas été confirmés dans l'immédiat par l'armée soudanaise ni par la mission des Nations unies et de l'Union africaine, l'Unamid, dont un porte-parole a toutefois admis que la tension dans cette zone risquait d'affecter les opérations humanitaires et la recherche d'une solution politique au conflit du Darfour.


"Des avions de type Antonov ont bombardé lundi des positions proches de Salie, une ville au nord de Geneina (capitale de l'ouest du Darfour)", a déclaré au téléphone à l'AFP, Khalil Ibrahim, d'un endroit non localisé de l'ouest du Soudan.

"Hier et avant-hier, des avions du même type ont bombardé des positions au nord-ouest de Geneina dans les secteurs des localités d'Abou Sorouj et de Sirf Djaj", a-t-il ajouté.

M. Ibrahim, dont le mouvement affirme depuis des semaines exercer une pression sur la ville de Geneina, a soutenu que ces bombardements n'avaient pas fait de morts ou de blessés parmi ses combattants.

Il a en revanche parlé de "plusieurs morts et blessés civils, de destructions et de la mort d'un nombre de têtes de bétail".

"Les habitants tentent de se protéger en se réfugiant dans les oueds et sous les arbres", a-t-il encore affirmé, ajoutant que son mouvement tentait de dresser un bilan précis des pertes parmi les civils.

Selon M. Ibrahim, les combattants du JEM se retiennent de réagir à ces bombardements en s'attaquant à des garnisons de l'armée autour de Geneina de peur d'atteindre les civils car, selon lui, l'armée se mêle à la population.

Le chef rebelle a répété que ces opérations affectaient le travail des humanitaires, qui ont affirmé la semaine dernière que les vivres commençaient à manquer dans cette partie du Darfour.

Un porte-parole de l'Unamid, Noureddine Mezni, interrogé par l'AFP, a indiqué que la tension actuelle pourrait non seulement affecter le travail humanitaire mais aussi le déploiement de la force de la nouvelle mission dans l'ouest du Darfour et le processus de recherche de règlement politique.

Ces questions - notamment les deux dernières - ont fait l'objet, selon lui, d'une réunion prolongée lundi à Khartoum entre le chef de l'Unamid, Rodolphe Adada et les émissaires de l'ONU et de l'Union africaine au Darfour, respectivement Jan Eliasson et Salim Ahmed Salim.

Les deux émissaires cherchent toujours à favoriser une reprise des pourparlers de paix entre le gouvernement de Khartoum et les rebelles du Darfour qui ont été ouverts fin octobre dernier à Syrte en Libye mais n'ont pas eu de suite en raison du refus de groupes comme le JEM d'y participer.

Le conflit du Darfour et ses conséquences ont fait quelque 200.000 morts en près de cinq ans et quelque 2,2 millions de déplacés sur une population de six millions d'âmes, selon des organisations internationales.

Khartoum conteste le chiffre des victimes parlant de 9.000 morts seulement.