Darfour: Le Soudan reconnait avoir attaqué la Minuad, mais par erreur

Redaction

Le Monde, 10 Janvier 2008

Le Soudan a admis jeudi que son armée avait attaqué au Darfour un convoi de la nouvelle force conjointe de l'ONU et de l'Union africaine, la Minuad, mais a affirmé qu'il s'était agi d'une erreur.

Dans un premier temps, les autorités soudanaises ont nié toute implication dans cette attaque, la première contre la Minuad, qui a pris le relais de la force de la mission africaine, l'Amis, début janvier dans l'ouest troublé du pays.

"L'armée n'a pas été informée de l'itinéraire du convoi et à l'approche de Tine (nord-ouest du Darfour) des soldats ont procédé à des tirs de sommation ne sachant pas qu'il s'agissait de véhicules de la Minuad", a déclaré le ministre, Abdel Rahim Mohammed Hussein, au quotidien indépendant Assahafa.

"Ces tir ont été ignorés et c'est alors que les soldats ont ouvert le feu, blessant un chauffeur et endommageant un transport de troupes et un camion", a-t-il ajouté, ajoutant que les soldats avaient pensé qu'il s'agissait de rebelles.

"L'armée a stoppé les tirs lorsqu'elle a réalisé qu'il s'agissait d'un convoi de la Minuad", a poursuivi le ministre, rejetant la responsabilité de l'incident sur la force afro-onusienne qui aurait dû, selon lui, faire connaître son itinéraire.

"Cela aurait évité de les prendre pour des rebelles d'autant plus que cette zone proche du Tchad connaît des escarmouches avec ces derniers", a-t-il dit.

Mercredi, l'ambassadeur du Soudan à l'ONU, Abdalmahmood Abdalhaleem Mohamad, avait nié toute responsabilité de son gouvernement dans cette attaque, accusant les rebelles du Mouvement pour la justice et l'égalité (JEM).

Un commandant du JEM, Abdel Aziz Nour el-Asher, contacté par téléphone par l'AFP au Darfour, a nié que ses combattants aient mené l'attaque, assurant qu'elle avait eu lieu "pas loin d'une caserne de l'armée" et qu'elle ne pouvait être que le fait de soldats réguliers.

Mercredi également, un porte-parole des forces armées avait affirmé que les soldats soudanais n'avaient pas tiré "une seule cartouche sur le convoi de la Minuad, soit intentionnellement, soit par erreur".

"Tout ce qui a été dit sur cette attaque est dénué de tout fondement", a déclaré le commandant Sawarmi Khaled Saad au même quotidien Assahafa.

En annonçant l'attaque mardi, la Minuad à Khartoum s'est retenue d'en désigner les auteurs, indiquant qu'une enquête était en cours.

Mais le même jour, une porte-parole de l'ONU à New York a clairement mis en cause des éléments de l'armée soudanaise et indiqué que l'organisation avait élevé une protestation officielle auprès des autorités de Khartoum.

Le Conseil de sécurité des Nations unies et Washington ont condamné mercredi l'attaque, avertissant que de tels évènements ne devaient pas se répéter.

La Minuad ne compte pour l'heure que 9.000 éléments mais doit devenir à terme la plus importante mission de maintien de la paix de l'ONU avec quelque 26.000 membres.

Conçue pour être plus robuste que l'Amis, elle se heurte à un manque d'hélicoptères et à des difficultés logistiques et des membres du Conseil de sécurité et l'ONU accusent Khartoum de multiplier les obstacles à ses opérations.

La force de l'Amis a perdu une cinquantaine de ses éléments depuis son arrivée au Darfour à l'été 2004 et a été incapable de ramener le calme dans cette région de l'ouest du Soudan où la guerre civile a fait 200.000 morts en près de cinq ans et quelque 2,2 millions de déplacés.

Khartoum conteste le chiffre des morts, parlant de 9.000 tués.