Darfour: l'ONU proteste auprès du Soudan après une attaque contre la Minuad

Redaction

Afp, 09 Janvier 2008

L'ONU a protesté mardi auprès du gouvernement soudanais après une attaque contre sa mission conjointe avec l'Union africaine au Darfour (Minuad), incident qui souligne la vulnérabilité d'une force de paix encore au premier stade d'un déploiement laborieux.

Michèle Montas, porte-parole du secrétaire général Ban Ki-moon, a déclaré que "des éléments des forces armées soudanaises" étaient responsables d'une attaque commise lundi soir, dans le nord-ouest du Darfour, contre "un convoi d'approvisionnement de la Minuad clairement identifiable".

M. Ban, a-t-elle dit, "condamne cette attaque dans les termes les plus forts" et souligne qu'afin d'assurer l'efficacité de la mission de maintien de la paix de la Minuad, "le gouvernement du Soudan doit fournir des garanties sans équivoque que ce genre d'action de la part de ses forces ne se reproduira pas".

L'incident, qui intervient à la veille d'une séance de consultations au Conseil de sécurité prévue mercredi pour faire le point sur le déploiement de la Minuad, a entraîné "une protestation formelle" des Nations unies auprès de Khartoum.

Il "illustre la nécessité que le gouvernement (soudanais) réaffirme son soutien au déploiement de la Minuad et à la mise en oeuvre de la résolution 1769" du Conseil qui avait créé cette force, a ajouté Mme Montas.

Lors de l'attaque, un chauffeur soudanais a été blessé de sept balles et se trouve dans un état critique.

L'attaque a eu lieu dans un secteur qui a connu de violents combats entre l'armée soudanaise et des rebelles et où la Minuad a limité ses opérations aériennes, selon l'ONU. La force de protection de la Minuad n'a pas riposté aux tirs et aucun de ses éléments n'a été touché.

C'est la première attaque contre la Minuad depuis qu'elle a pris officiellement au début de l'année le relais de l'ancienne force de la mission africaine, l'Amis. Elle ne compte pour le moment que 9.000 éléments mais doit devenir à terme la plus importante mission de maintien de la paix de l'ONU avec quelque 26.000 membres.

Conçue pour être plus robuste que l'Amis, la Minuad se heurte cependant à un manque d'hélicoptères et à des difficultés logistiques.

Des membres du Conseil de sécurité et l'ONU accusent par ailleurs Khartoum de multiplier les obstacles.

Le Soudan n'a notamment toujours pas accepté l'inclusion dans la Minuad de certains éléments non africains -- un bataillon d'infanterie thaïlandais, deux unités de forces spéciales népalaises et une unité du génie nordique -- jugés indispensables à son efficacité dans les premiers temps de son déploiement.

Le président soudanais, Omar el-Béchir, qui n'a accepté la création de la Minuad qu'après plusieurs mois de diplomatie intensive de la part de la communauté internationale, avait exigé qu'elle soit composée essentiellement d'Africains.

S'inquiétant en novembre des retards pris par les préparatifs du déploiement, le chef des opérations de maintien de la paix de l'ONU, Jean-Marie Guéhenno, avait émis la crainte que la Minuad soit "testée" dès le début de sa mise en place.

Il avait averti que la Minuad risquerait une "humiliation" si elle n'était pas dotée rapidement de la force de frappe nécessaire pour repousser toute attaque.

La force de l'Amis a perdu une cinquantaine de ses éléments depuis son arrivée au Darfour à l'été 2004 et a été incapable de ramener le calme dans cette région de l'ouest du Soudan grande comme la France, où la guerre civile a fait 200.000 morts en près de cinq ans et quelque 2,2 millions de déplacés.

Khartoum conteste le chiffre des morts, parlant de 9.000 tués seulement.