Arche de Zoé: les réactions

Redaction

Presse Canadienne, 26 Décembre 2007

Voici les principales réactions à la condamnation à huit ans de travaux forcés des six membres de L'Arche de Zoé, qui avaient tenté d'emmener en France 103 enfants présentés comme étant des orphelins du Darfour:

-le ministère français des Affaires étrangères:

Le Quai d'Orsay a "pris acte de ce jugement. C'est une décision souveraine de la justice tchadienne qui n'appelle pas de commentaire de notre part". Désormais, "la France, après avoir recueilli l'accord des membres de L'Arche de Zoé et examiné les modalités de mise en oeuvre des dispositions de l'accord d'entraide judiciaire entre la France et le Tchad, notamment son article 29, demandera aux autorités tchadiennes le transfèrement en France des condamnés".

-Christine Peligat, épouse d'Alain Peligat, responsable de la logistique de l'opération menée au Tchad:

"Les bruits couraient comme quoi normalement, c'était dix ans, qu'ils allait prendre pour dix ans", a-t-elle expliqué à l'Associated Press, disant éprouver un "sentiment d'injustice" parce qu'il s'agit de "médecins, pompiers et professeurs", et non de "mercenaires", et qu'ils "allaient simplement sauver des vies".

"Je ne suis pas satisfaite par une condamnation, bien sûr, mais cela n'a pas dépassé les dix ans", a-t-elle poursuivi. "Maintenant, en France, il faut voir ce que ça va donner (...) De toute façon, tout ce procès ne tient pas la route". Interrogée sur la prochaine étape, elle a souligné qu'elle avait attendu "la fin du procès pour faire une demande d'extradition". "On va reprendre avec les avocats, tout ça, pour faire appel."

-Jeannine Lelouch, la mère d'Emilie Lelouch:

"Je suis catastrophée. Huit ans, c'est énorme", a-t-elle réagi sur LCI, se disant "inquiète" de ce "boulet (...) aux pieds (de sa fille) pour toute la vie". "C'est dramatique." "Il faut espérer qu'ils soient vite rentrés en France parce qu'ils ne tiennent plus sur leurs jambes", a-t-elle poursuivi. "J'attends (...) qu'il y ait un transfert le plus rapidement possible". Elle a affirmé qu'ils avaient "mis leur vie en danger pour sauver des enfants". "Ce ne sont pas des criminels, je ne comprends pas. Ils ont bien démontré qu'ils étaient innocents, qu'ils avaient fait tout dans les règles", a conclu Jeannine Lelouch.

-Antonia van Winkelberg, épouse du Dr Philippe van Winkelberg:

"Je veux qu'il rentre en France!" a-t-elle lancé, bouleversée, à la presse à Castellane, dans les Alpes de Haute-Provence. L'épouse du médecin a affirmé que son mari était "innocent" et que la justice tchadienne l'avait condamné "parce qu'il a soigné" des enfants. Et de lancer cet avertissement: "Vous qui êtes médecin, infirmière, vous allez faire de l'humanitaire et, à n'importe quel moment, vous pouvez vous retrouver à la place de Philippe. C'est ça la justice tchadienne? Elle est belle! Je veux qu'il rentre en France. Aidez-moi!"

-Me Céline Lorenzon, l'un des avocats des six Français:

"C'est une peine qui relève de la mascarade juridique (...) La justice tchadienne n'a pas fait son travail", a-t-elle estimé. "On s'attendait à cela. Ils ont condamné des Blancs (...) Ils n'ont écouté aucun argument", a-t-elle ajouté sur France-Info.

"Nous (la défense) repartons ce soir avec le sentiment que la justice tchadienne n'a pas fait son travail et que le peuple tchadien a encore beaucoup, beaucoup de choses à faire pour pouvoir être dans une République et avoir droit à une démocratie", a lancé Me Lorenzon. "Il devrait se passer à peu près 48, 72 heures au maximum avant qu'on puisse les rapatrier", une fois que les autorités françaises disposeront de tous les éléments nécessaires, a estimé l'avocate en soulignant qu'elle n'avait pas de certitude sur ce point.

-Me Gilbert Collard, l'un des avocats des Français:

Il s'agit d'une "décision qui a un caractère politique sournois", a-t-il déploré sur France-3. "C'est un verdict absurde qui signe par lui-même l'injustice qu'il porte." "Tous les membres de L'Arche de Zoé condamnés à la même peine alors que de l'aveu même du procureur et du juge d'instruction, ils avaient des rôles différents!", s'est indigné Me Collard, dénonçant "un procès à grand spectacle".

"Il y a un pouvoir politique qui se sert de cette affaire pour apaiser les tensions qui existent au sein de sa communauté et s'appuie sur ce procès à grand spectacle pour faire croire qu'il y a une justice alors qu'il n'y en a pas", a-t-il accusé, demandant le transfert des condamnés en France "le plus vite possible".

Voici la chronologie des principaux événements dans l'affaire de L'Arche de Zoé, cette organisation non gouvernementale française qui voulait emmener vers la France 103 enfants présentés comme des "orphelins du Darfour":

-25 octobre 2007: six Français membres de l'association L'Arche de Zoé sont arrêtés à l'aéroport d'Abéché, dans l'Est du Tchad, alors qu'ils s'apprêtaient à emmener vers la France, où les attendaient des familles d'accueil, 103 enfants âgés d'un à dix ans présentés comme des "orphelins du Darfour".

Trois journalistes français et sept membres d'équipage d'un avion de la compagnie charter espagnole Girjet qui devait assurer le transfert vers l'aéroport de Vatry (Marne) sont également arrêtés.

Le ministère français des Affaires étrangères dénonce "avec fermeté les conditions dans lesquelles cette opération semble avoir été organisée" et souligne avoir mis en garde les familles engagées dans le projet d'accueil. Une enquête préliminaire avait été lancée en juillet par le parquet de Paris, qui a ouvert le 24 octobre une information judiciaire pour "exercice illicite d'intermédiaire en vue de l'adoption ou d'un placement d'enfant".

-26 octobre: les autorités tchadiennes accusent L'Arche de Zoé de "trafic d'enfants", ce que dément l'association. Le Tchad, ajoute-t-elle, était "au courant de l'opération". En déplacement à Abéché, le président tchadien Idriss Déby dénonce une opération "pédophile" et une traite d'enfants possédant encore des parents. "Tous ceux qui sont impliqués de loin ou de près seront poursuivis par la justice", prévient-il.

-28 octobre: le président français Nicolas Sarkozy condamne l'opération qu'il qualifie d'"illégale et inacceptable". A N'Djamena, le pilote belge Jacques Wilmart qui avait acheminé, lors de vols intérieurs au Tchad, les enfants vers Abéché est à son tour interpellé.

-31 octobre: Nicolas Sarkozy appelle Idriss Déby au respect de la présomption d'innocence. Il demande la libération des trois journalistes français, inculpés par la justice tchadienne d'"enlèvements de mineurs" et "escroquerie", comme les six membres de L'Arche de Zoé. Les sept membres d'équipage de l'avion espagnol sont eux poursuivis pour "complicité", à l'instar du pilote belge et de deux Tchadiens.

-1er novembre: le Comité international de la Croix-Rouge, le Haut-commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) et le Fonds des Nations unies pour l'enfance (UNICEF), qui ont pris en charge les 103 enfants, annoncent que 91 d'entre eux possèdent "au moins une personne adulte qu'ils considèrent comme un parent". M. Déby souhaite que "les journalistes, les hôtesses de l'air et ceux qui ne sont pour rien soient libérés dans les plus brefs délais".

-2 novembre: la Cour suprême tchadienne ordonne le transfert à N'Djamena du dossier, jusqu'alors examiné à Abéché.

-4 novembre: Nicolas Sarkozy ramène du Tchad les trois journalistes français et quatre hôtesses de l'air espagnoles, libres mais toujours inculpés. Le président français, qui rencontre à N'Djamena son homologue tchadien, assure que cette "lamentable" affaire "n'a rien à voir avec le déploiement de la force européenne au Tchad" pour assister les réfugiés de la crise du Darfour, au Soudan voisin.

-6 novembre: Nicolas Sarkozy affiche sa volonté d'aller "chercher ceux qui sont restés là-bas quoi qu'ils aient fait", s'appuyant sur les accords de coopération judiciaire entre les deux pays. "Ce n'est pas le président Sarkozy qui décidera ce que fera la justice tchadienne", rétorque le ministre tchadien de la Justice Albert Padacké.

-9 novembre: la justice tchadienne libère trois membres d'équipage espagnols et le pilote belge.

-12 novembre: une centaine de magistrats tchadiens manifestent à N'Djamena pour dénoncer les "pressions" politiques.

-7 décembre: les six Français incarcérés entament une grève de la faim pour dénoncer une enquête qu'ils estiment menée à charge.

-21 décembre: ouverture du procès devant la cour criminelle à N'Djamena. Les six membres de l'association sont poursuivis pour "tentative d'enlèvement d'enfants tendant à compromettre leur état-civil, faux et usage de faux en écritures publiques et grivèlerie". Ils encourent jusqu'à 20 ans de travaux forcés.

Leurs co-accusés, trois Tchadiens (Mahamat Dagot, le maire et le secrétaire général de la municipalité tchadienne de Tiné, Sinine Amadou Nassour et Ahmay Harane Ngnoye) et un Soudanais (Souleymane Ibrahim Adam, un intermédiaire), sont mis en cause pour "complicité d'enlèvement".

-26 décembre: les six Français sont condamnés à huit ans de travaux forcés et à une amende de plus de quatre milliards de francs CFA (plus de six millions d'euros) pour les 103 enfants. Le procureur général tchadien avait requis sept à onze ans de travaux forcés contre le groupe.