Intensification des affrontements et hôpitaux bondés

Redaction

Irin, 07 Décembre 2007

Les affrontements entre l’armée tchadienne et les rebelles se sont intensifiés dans l’est du pays, et les soldats blessés affluent dans les hôpitaux d’Abéché, plaque tournante régionale de l’est, et de N’djamena, la capitale.

« À l’heure qu’il est, l’hôpital militaire tchadien de N’djamena est plein », a expliqué à IRIN un officier de l’armée.

Entre 200 et 300 blessés ont été transportés d’Abéché à la capitale cette semaine, selon une autre source. Aucune victime civile n’a été signalée.

L’hôpital est généralement ouvert au public, mais depuis le 28 novembre, l’armée l’a fermé et davantage de soldats montent la garde autour du bâtiment. Les hôpitaux publics de N’djamena accueillent également les soldats blessés.

Désormais, les affrontements se déroulent principalement à Hadjar Marfaine, région montagneuse à cheval sur la frontière soudanaise, selon un diplomate qui suit de près le conflit en cours dans les provinces occidentales du Tchad.

Les affrontements entre l’armée et l’Union des forces pour la démocratie et le développement (UFDD), une faction rebelle, se sont déplacés dans la région, a confirmé le responsable, qui s’exprimait sous couvert de l’anonymat ; ils avaient éclaté en début de semaine, plus au sud, aux environs de Farchana, à moins de 100 kilomètres d’Abéché et près de Treguine et Bredjing, deux grands camps de réfugiés.

Aucune information sur l’état des rebelles n’a filtré de cette région reculée, mais l’armée affirme avoir tué et blessé des « centaines » de combattants.

Les différentes versions des faits

L’UFDD a déjà fait une déclaration sur Internet, selon laquelle l’armée aurait subi les pertes les plus lourdes. Quant au gouvernement, il livre une tout autre version des faits, puisqu’il affirme avoir remporté une victoire écrasante.

« Les rebelles qui avaient échappé au précédent conflit [vraisemblablement aux environs de Farchana] ont été attrapés à Hadjar Marfaïne et complètement décimés », a déclaré Hourmadji Moussa Doumgor, porte-parole du gouvernement, le 28 novembre.

Hourmadji Moussa Doumgor a également déclaré que Mahamat Nouri, chef des rebelles, avait été contraint de fuir à pied de l’autre côté de la frontière soudanaise. Le ministère des Affaires étrangères a publié un communiqué le 27 novembre, selon lequel il aurait convoqué l’ambassadeur soudanais à N’djamena au sujet du rôle joué par le Soudan, « en partie responsable d’avoir donné asile à des combattants tchadiens armés ».

Les organisations humanitaires basées près du théâtre des affrontements ne quittent pas les lieux, mais certaines acheminent davantage de matériel dans la région, au cas où elles devraient se retirer dans un futur proche.

« Certaines organisations font partir leur personnel international, mais le personnel local continue de veiller au bon déroulement des opérations », selon Eliane Duthoit, qui dirige le Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA) au Tchad. « En général, la politique [dans ce type de situation] consiste à ne conserver sur place qu’un nombre minimal d’employés ».

La mission Union européenne/Nations Unies

Ces affrontements surviennent à l’approche du déploiement de la MINURCAT, une force des Nations Unies menée par l’Union européenne au Tchad et en République centrafricaine. La MINURCAT devait être déployée en novembre pour protéger les populations civiles des zones de conflit, mais il est peu probable qu’elle le soit avant le mois de janvier.

La France, ancienne puissance coloniale, est le principal contributeur à cette mission de maintien de la paix, bien que les soldats français soutiennent l’armée tchadienne. Selon les rebelles, les Français ne sont pas neutres.

« Ils sont venus déclarer la guerre au peuple tchadien », a affirmé Albissaty Saleh Allazam, porte-parole des rebelles basé à Dakar, capitale du Sénégal, le 30 novembre, dans une déclaration.

Au sein de la communauté internationale, certains s’inquiètent de la neutralité des soldats français de la force de l’Union européenne, connue sous le nom d’EUFOR. Selon le journal français Le Figaro, le ministère autrichien de la Défense, un des contributeurs, s’inquiète de ce que les soldats français représentent « la menace directe d’un conflit armé pour l’EUFOR ».

Autre préoccupation, totalement différente, mais tout aussi ennuyeuse pour les responsables humanitaires : le soutien et l’équipement accordés aux Casques bleus sont insuffisants.

« Pas un seul hélicoptère n’a été offert par un pays de l’UE pour soutenir cette force », s’est indigné Tawanda Hondora, directeur adjoint du programme africain d’Amnesty International, dans un communiqué publié dernièrement.

« Des milliers de vies sont mises en danger dans l’est du Tchad, en République centrafricaine et au Darfour parce que les Etats membres des Nations Unies ne fournissent pas, ni ne s’engagent à fournir, les moyens de transport aérien et terrestre qui leur sont ô combien nécessaires pour mener à bien leurs opérations de maintien de la paix, efficacement et en toute sécurité ».