Annan rencontre son émissaire expulsé du Soudan

Afp

Le Monde, 26 Octobre 2006

Le secrétaire général de l'ONU Kofi Annan a rencontré jeudi Jan Pronk émissaire spécial de l'ONU au Soudan qui vient d'être expulsé de ce pays pour avoir critiqué les agissements de l'armée soudanaise au Darfour.

"Pour nous jusqu'à présent son statut reste inchangé, il reste l'envoyé spécial du secrétaire général, qui a été rappelé pour consultations", a souligné Stéphane Dujarric, porte-parole de l'ONU, ajoutant que MM. Annan et Pronk qui se sont rencontrés jeudi matin pour étudier la situation et devrait se revoir plus tard dans la journée ou vendredi.

Le gouvernement soudanais a ordonné dimanche l'expulsion sous trois jours de M. Pronk, qui a quitté lundi le Soudan. Khartoum lui a reproché d'avoir affirmé que l'armée soudanaise avait subi des revers au Darfour, la région ouest du Soudan en proie à un conflit meurtrier depuis début 2003.

Les propos de M. Dujarric contredisent ceux prononcés plus tôt jeudi par le représentant soudanais à l'ONU Abdalmahmood Mohamed: "Pour nous M. Pronk c'est de l'histoire ancienne. Il a abusé de son autorité, de son mandat... il a perdu son impartialité et son intégrité et est devenu une partie du problème plutôt qu'une partie de la solution", avait-il dit.

Le Soudan a affirmé jeudi que l'expulsion de l'émissaire des Nations unies était "irrévocable".

Dans une lettre, le ministre des Affaires étrangères du Soudan, Lam Akol, a demandé à M. Annan de nommer un nouveau représentant.

La secrétaire d'Etat américaine Condoleezza Rice s'est accordée mercredi avec M. Annan de la nécessité de renvoyer un émissaire de l'ONU au Soudan, mais pas forcément M. Pronk, selon le porte-parole du département d'Etat, Sean McCormack.

L'armée soudanaise avait vivement protesté vendredi contre des propos de M. Pronk, selon lequel elle avait subi des revers au Darfour, région de l'ouest du Soudan en proie depuis début 2003 à un conflit entre une rébellion locale et l'armée aidée des milices janjawid.

L'armée semble également avoir été rendue furieuse par une affirmation de M. Pronk selon laquelle elle aurait l'intention de lancer une contre-offensive contre les rebelles après les fêtes de l'Aid al-fitr, le mois de jeûne musulman du ramadan, célébrées depuis lundi au Soudan.

Selon l'ONU, au moins 200.000 personnes ont péri en raison de la guerre et de ses conséquences humanitaires.

Le Conseil de sécurité a décidé le 31 août l'envoi de casques bleus, quelques 17.000 soldats et 3.000 policiers, pour prendre la relève de la force de l'Union africaine (UA) au Darfour, sous-financée et mal équipée, mais le président soudanais s'y oppose.