L'ONU s'inquiète des possibilités de dérapage au Darfour

Redaction

Afp, 30 Novembre 2007

Deux diplomates de l'ONU ont mis en garde mardi contre les possibilités de dérapage au Darfour, où les pourparlers de paix sont dans l'impasse, tandis que le déploiement d'une force ONU-Union africaine (UA) se heurte à de gros obstacles.

Lors d'un débat au Conseil de sécurité, le chef des opérations de maintien de la paix de l'ONU, Jean-Marie Guéhenno, a redit son "inquiétude" devant les obstacles à la mise en place de la force "hybride" ONU-UA, la Minuad, à cinq semaines de la date prévue pour le début de son déploiement.

Il s'est interrogé sur la validité des promesses faites par le gouvernement soudanais au secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, de coopérer à l'entreprise.

Le déploiement de cette force de quelque 26.000 hommes, chargée de protéger les populations affectées par une guerre civile depuis février 2003, a été décidé par le Conseil de sécurité fin juillet. Elle doit remplacer l'Amis, l'actuelle force de l'UA d'un peu plus de 6.000 hommes, mal équipée et financée. La passation de relais entre les deux forces est prévue pour fin décembre.

"Cinq semaines avant ce transfert d'autorité, la Minuad est toujours dépourvue de moyens mobiles indispensables", notamment 18 hélicoptères de transport et six hélicoptères tactiques, a dit M. Guéhenno.

Dressant un constat similaire le 14 novembre, le haut fonctionnaire onusien avait adressé une critique voilée aux pays développés, seuls capables de fournir ce genre d'équipement moderne, pour leur manque d'empressement.

Mardi, il a adressé davantage de critiques au gouvernement soudanais, déplorant qu'il s'oppose toujours au déploiement, au sein de la Minuad, de certaines unités non africaines.

Réitérant le caractère indispensable à l'efficacité de la force de ces unités - offertes par la Thaïlande, le Népal et les pays nordiques - M. Guéhenno a estimé que le refus obstiné du gouvernement soudanais "crée l'incertitude quant à la réalité de son engagement en faveur de la Minuad".

Khartoum, qui s'est longtemps opposé au déploiement de cette force sur son territoire, n'a finalement accepté qu'à la condition qu'elle soit essentiellement africaine. Selon les schémas prévus par l'ONU, la Minuad doit être aux deux tiers africaine.

M. Guéhenno a en outre déploré les "obstacles administratifs", affirmant que la Minuad n'a toujours pas reçu les autorisations nécessaires pour s'installer sur certains terrains et pour utiliser ses moyens aériens, notamment pour effectuer des vols de nuit.

Il a aussi dénoncé l'exigence par le gouvernement d'une "notification préalable de tous les mouvements de troupes, de commandement ou d'équipements de la Minuad". "Le Conseil de sécurité appréciera ce que ces exigences pourraient impliquer pour la capacité du commandant de la force à réagir rapidement à une crise imprévue", a-t-il dit.

De son côté, le diplomate suédois Jan Eliasson, chargé de faciliter au nom de l'ONU le processus de paix intersoudanais au Darfour, a exprimé sa "préoccupation" devant la situation humanitaire, évoquant une "situation tendue" dans les camps de réfugiés et une "irritation croissante" du fait que la Minuad tarde à se déployer.

Selon lui, cette situation "affecte le processus politique", dont l'atmosphère est "moins positive que l'été dernier".

"Nous ne pourrons progresser que si les parties font preuve de sérieux, de volonté politique et d'un engagement déterminé pour la paix", a-t-il dit.

Des pourparlers de paix intersoudanais, entamés le 27 octobre à Syrte (Libye), sont au point mort après avoir été boycottés par plusieurs groupes rebelles du Darfour en raison de l'insécurité persistante dans la province.

Le conflit au Darfour a fait environ 200.000 morts et 2,2 millions de personnes déplacées, selon l'ONU, des chiffres que ne reconnaît pas Khartoum.