Darfour : le gouvernement soudanais continue sa politique d'entrave, rapporte Jean-Marie Guéhenno

Intervention De Jean-marie Guéhenno Au Conseil

Centre Des Nouvelles De L'onu, 27 Novembre 2007

Alors qu'a commencé le déploiement des premières unités de l'Opération hybride UA-ONU au Darfour (MINUAD), le gouvernement du Soudan continue d'imposer des restrictions matérielles et légales de tous ordres, en dépit de ses engagements et de la nécessité accrue de protéger les populations civiles sur le terrain, a affirmé aujourd'hui le responsable du maintien de la paix à l'ONU.

« Il y a cinq mois (le 17 juin), à Khartoum, ce Conseil a reçu du président Bachir l'accord aux plans de l'ONU et de l'UA pour l'établissement d'une opération de maintien de la paix au Darfour, sans conditions préalables. Au cours de la visite du Secrétaire général au Soudan en septembre, le président Bachir lui a donné l'assurance personnelle que son gouvernement faciliterait le déploiement de l'Opération hybride UA-ONU au Darfour (MINUAD) » a déclaré aujourd'hui le Secrétaire général adjoint aux opérations lors d'une séance du Conseil de sécurité.

Toutefois, « ces dernières semaines, la réticence du gouvernement à faciliter les préparatifs sur le terrain pour la MINUAD, ainsi que les déclarations publiques faites par ses hauts représentants, remettent cet engagement en question », a déploré Jean-Marie Guéhenno qui s'exprimait en présence de Jan Eliasson, Envoyé spécial du Secrétaire général pour le processus de paix au Darfour.

« En particulier, insistant sur le caractère 'purement africain' de la Force, le gouvernement soudanais a rejeté le bataillon d'infanterie de la Thaïlande, les Forces spéciales du Népal et la compagnie d'ingénierie nordique », a expliqué Jean-Marie Guéhenno.

« Comme je l'ai dit au Conseil de sécurité le 14 novembre, il n'y a pas d'alternatives à l'inclusion de ces unités bien entraînées et équipées », a-t-il insisté, soulignant avoir en revanche obtenu de l'Ethiopie et de l'Egypte un déploiement d'éléments avancés de leurs forces pour début janvier 2008.

« Le gouvernement du Soudan a l'importante responsabilité d'influencer de manière positive l'attitude du public vis-à-vis de la MINUAD et des Nations Unies », a poursuivi le Secrétaire général adjoint.

« Nous pensons aussi que les pays fournisseurs de contingents ont besoin d'assurances sans équivoques du fait que leurs efforts pour contribuer à la mise en oeuvre de la résolution 1769 sont bienvenus », a dit le Secrétaire général adjoint.

Pour l'instant, la MINUAD manque toujours des capacités de transport aérien essentielles, à savoir une unité de transport lourde et une moyenne, trois unités militaires d'aviation (18 hélicoptères) et une unité tactique légère (6 hélicoptères).

Par ailleurs, le Secrétaire général adjoint a qualifié de « très préoccupantes » les déclarations de hauts représentants du gouvernement « remettant en question l'approche de l'UA et de l'ONU concernant la composition de la Force », surtout en l'absence de clarification officielle du gouvernement.

De même, la MINUAD n'a toujours pas reçu l'autorisation de déployer six hélicoptères à El Fasher. Elle n'a pas non plus la permission de voler pendant la nuit.

« La mission a le mandat de protéger les civils. Cette responsabilité ne s'arrête pas à la nuit tombée », a fait observer Jean-Marie Guéhenno.

Enfin, a-t-il souligné, « lors d'un récent événement troublant, deux mouvements rebelles, le JEM et une partie de l'ALS ont lancé des menaces contre la composante chinoise de la force de maintien de la paix ».

Il s'agit des 135 membres d'une unité d'ingénieurs arrivée en même temps qu'une unité de 140 policiers du Bangladesh pour apporter un soutien à la Mission de l'Union africaine au Soudan (MUAS).

« Cela est totalement inacceptable et doit être examiné avec le plus grand sérieux par le Secrétariat et par la MUAS, qui fournira des troupes de protection supplémentaires dans les zones où l'unité chinoise est déployée ».

Jean-Marie Guéhenno a exposé devant le Conseil qu'une deuxième unité de police, en provenance du Népal, devait arriver le 15 décembre, soit une centaine de policiers. De plus, 75% du personnel servant au siège de la Force devrait être déployé d'ici à la fin du mois de décembre. Puis, plusieurs unités logistiques et de transport aérien doivent être déployées en janvier 2008.

Pour sa part, Jan Eliasson, lors de son point sur l'avancée des pourparlers de paix sur le Darfour, a rappelé qu'en octobre dernier, 30.000 nouvelles personnes avaient été déplacées du fait des affrontements, portant le nombre total de personnes déplacées cette année à près de 280.000.

En outre, les conflits tribaux relatifs aux terres et à l'eau persistent. « L'on craint de plus en plus une rébellion arabe ainsi qu'une extension du conflit au Kordofan ». « Les tensions dans les camps de réfugiés s'aggravent. Les raids des forces gouvernementales dans les camps » se sont poursuivies et ont fait des morts et des blessés.

Enfin, l'accès humanitaire continue d'être entravé, a dit Jan Eliasson. Ce dernier a déploré que le cessez-le-feu unilatéral déclaré par le Soudan au premier jour des pourparlers à Syrte, en Libye, ait été plusieurs fois violé.

Il a néanmoins insisté sur le fait que « le processus de paix pour le Darfour était maintenant irréversible » et qu'il était déterminant de préserver cet élan, même si « l'atmosphère était moins positive aujourd'hui que l'été dernier lors de l'adoption de la résolution 1769 (2007).

Un des résultats positif des consultations avec les chefs qui n'ont pu se rendre à Syrte, mais qui ont été contactées à Juba, au Sud-Soudan, a été de rassembler 11 factions du SPLM en deux groupes, le SLM-A et le nouveau « Front uni de résistance ».