Insécurité et malnutrition

Msf

Msf, 09 Novembre 2007

Tandis que les pourparlers de paix se déroulent à Syrte, en Lybie, la situation au Darfour devient sans cesse plus complexe. Dans certaines zones, l'aide humanitaire s'est en fait détériorée au cours des deux dernières années.

« Le battage dans les médias et la mobilisation politique autour de la crise du Darfour font que personne n'ignore le conflit qui se déroule ici. Pourtant, les conditions de vie dans de nombreux camps et zones rurales se sont détériorées, l'insécurité restant une préoccupation majeure pour la plupart des gens. » remarque Banu Altunbas, chef de Mission de MSF au Sud Darfour.

Un nombre croissant de groupes armés poursuivant des intérêts différents apparaissent. Les combats sont, certes, moins intenses qu'en 2003-2004, mais la situation devient sans cesse plus complexe. Les groupes armés se sont divisés en un certain nombre de factions luttant pour défendre des intérêts différents. Les alliances peuvent se renverser du jour au lendemain.
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Manque de réactivité du système de l’aide

Des familles déplacées arrivent quasiment chaque jour. Dans bien des endroits où MSF intervient, de nouveaux arrivants augmentent la pression et menacent l'équilibre d'une situation déjà fragile. « Le dispositif d'aide qui a été mis en oeuvre à Zalingei (Darfour Occidental) n'a pas évolué depuis 2005 », explique la coordinatrice médicale Mathilde Berthelot, « mais la situation a empiré dramatiquement. Plus de 100 000 personnes sont recensées ici aujourd'hui, des milliers de nouveaux déplacés arrivent chaque mois depuis deux ans. Par exemple, un certain nombre de familles nomades se sont installées dans un nouveau camp qui héberge aujourd'hui 15 000 personnes. Certaines des familles récemment déplacées rencontrent des difficultés pour s'inscrire pour les distributions alimentaires. En conséquence, les familles déjà sur place doivent partager leurs rations avec les nouveaux arrivants. Le système de l'aide doit absolument s'adapter à l'évolution de la situation au Darfour. »

A Zalingei comme dans plusieurs autres lieux, la malnutrition apparaît. La distribution de l'aide alimentaire a bien lieu, mais elle est insuffisante. Entre juillet et septembre 2007, le nombre d'enfants sévèrement malnutris admis à l'hôpital de Zalingei et au centre de santé de Nieriti a triplé par rapport à la même période en 2006. C'est la première fois en trois ans que les équipes de MSF constatent une augmentation de la malnutrition dans ces zones. MSF a donc dû renforcer ses capacités d'hospitalisation et ouvrir des programmes nutritionnels ambulatoires pour soigner chaque semaine des centaines d'enfants.
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Incapacité à fournir une assistance continue

Dans certaines parties du Darfour, l'aide humanitaire a diminué au cours des deux dernières années : soit il était trop dangereux pour les organisations caritatives d'y intervenir, soit elles ont été contraintes de les évacuer pour des raisons de sécurité. Cela a été le cas à Tawila, ville éloignée du nord du Darfour, où MSF a commencé récemment à intervenir dans les trois camps de Dali, Argo et Rwanda, hébergeant 33 000 personnes déplacées. Un certain nombre d'organisations étaient intervenues à Tawila, mais en avril de cette année, elles ont toutes dû repartir à cause de l'insécurité croissante. MSF a commencé à mettre en place des cliniques itinérantes dans les camps, mais l'équipe a dû évacuer six semaines plus tard à cause d'incidents. Ce n'est qu'à la mi-octobre qu'elle a pu retourner à Tawila.

L'insécurité contraint régulièrement MSF à évacuer son personnel international, laissant la population avec une assistance minime, voire sans assistance du tout.. Lorsque des groupes armés ont attaqué la ville de Muhajariya, au Sud Darfour, les 8 et 9 octobre, MSF n'a eu d'autre choix que d'évacuer 16 membres de son personnel, alors que 35 000 personnes vivant à Muhajariya et dans son voisinage immédiat ont été directement touchées par ces attaques. Le personnel soudanais a continué à soigner une centaine de patients par jour.

Le matin du 18 octobre, la tension latente entre les différentes factions à l'intérieur du camp de Kalma, l'un des plus grands camps de réfugiés du Darfour, a dégénéré en un affrontement violent entre groupes armés non identifiés. Des milliers de personnes ont fui dans la brousse et vers d'autres camps ou villages alentour. MSF, qui travaillait à Kalma depuis 2004, a dû abandonner le camp pour ne pas être pris entre deux feux. Trois jours plus tard, l'équipe de MSF a enfin pu reprendre son activité. Aujourd'hui, elle assure quelque 250 consultations par jour, dont la moitié dans une clinique à l'intérieur du camp. L'autre moitié est assurée par une équipe mobile qui tente de retrouver les personnes ayant fui le camp. Il semble qu'un grand nombre des réfugiés aient quitté trois des huit secteurs du camp, soit pour d'autres secteurs, soit pour abandonner le camp.
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Aide limitée pour les populations isolées

Dans un certain nombre de localités, la population est totalement coupée de toute assistance. C'est le cas de Kaguro, une ville du Jebel Si, au pied du Jebel Mara, contrôlé par des groupes de rebelles. Les routes sont si dangereuses que le seul moyen d'accéder à Kaguro, comme à de nombreuses autres parties du Darfour, est l'hélicoptère. MSF est la seule organisation médicale intervenant à Kaguro. Avec une moyenne de 3500 consultations par mois, la clinique fonctionne au maximum de sa capacité. Pour s'y rendre, les patients doivent parfois marcher cinq ou six heures, s'exposant le plus souvent à des risques considérables. Au cours des prochains mois, MSF espère ouvrir davantage de postes de santé dans la région de Kaguro, afin d'éviter à la population des trajets aussi longs et dangereux.

De nombreuses agglomérations où MSF intervient sont en quelque sorte des enclaves dont la population civile ne peut pas sortir. Les patients, en particulier les hommes, craignent pour leur vie lorsqu'ils doivent traverser la ligne de front séparant le territoire rebelle du territoire contrôlé par le gouvernement, et inversement. Dans des villes telles que Kaguro ou Kutrum, il est difficile de diriger les patients blessés au combat ou les femmes devant subir une césarienne vers les hôpitaux de Kebkabiya ou de Niertiti. L'insécurité sur les routes empêche MSF de les emmener en voiture. Il est arrivé que le personnel de MSF ne dispose pas des installations ou des équipements nécessaires pour certains soins.

Travailler au Darfour est synonyme de remise en question permanente. Les organisations humanitaires doivent être particulièrement réactives dans un environnement complexe et instable, où la situation évolue aussi rapidement.