Onu au Darfour : et pourquoi demander son avis à Béchir ?

Afriquecentrale.info

Afriquecentrale.info, 01 Septembre 2006

Les Etats-Unis estiment qu’il n’est pas nécessaire d’obtenir l’accord de Khartoum pour déployer des Casques bleus au Darfour, a indiqué jeudi à Washington une responsable américaine, alors qu’un émissaire du président soudanais Omar el-Béchir est attendu aux Etats-Unis.

Le Conseil de sécurité de l’Onu a approuvé jeudi un renforcement de la Mission de l’Onu au Soudan (Minus) avec le déploiement de Casques bleus au Darfour, chargés de relayer la mission de l’Union africaine.

"Cette résolution invite à obtenir l’accord du Soudan. Rien n’exige l’accord du Soudan", a souligné la secrétaire d’Etat adjointe aux Organisations internationales, Kristen Silverberg (photo), au cours d’un point de presse.

La responsable américaine prenait ainsi le contre-pied de la Chine, qui a regretté devant le Conseil qu’une résolution ait été mise au vote avant tout accord du gouvernement soudanais.

La Chine s’est abstenue, de même que la Russie et le Qatar.

La résolution réaffirme le respect "à l’égard de la souveraineté, de l’unité, de l’indépendance et de l’intégrité territoriale du Soudan" et stipule que le déploiement des Casques bleus sera "fondé sur un accord avec le gouvernement" soudanais.

Mais Mme Silverberg a rappelé que cette résolution invoquait le chapitre VII de la Charte des Nations unies, qui autorise l’usage de la force.

"N’oubliez pas que cette résolution comprend le mandat de protéger les civils au titre du chapitre VII", a indiqué la responsable américaine.

"Et ce qui compte avec le chapitre VII, c’est que même s’il est fréquemment appliqué avec l’accord du gouvernement concerné, il ne nécessite pas l’accord ni la coopération du gouvernement concerné", a-t-elle poursuivi.

Les Etats-Unis ont "tenu bon" pendant les négociations pour que cet élément figure dans la résolution et "nous avons finalement persuadé le Conseil d’adopter la résolution en ces termes", a-t-elle poursuivi.

Mme Silverberg a en outre regretté la décision de la Russie de s’abstenir, la qualifiant d’"inexplicable au vu de la situation sécuritaire très grave" au Darfour.

"Cela dit, nous nous attendons à ce que le gouvernement soudanais et toutes les parties concernées apportent leur assistance pour mettre cet accord en oeuvre, et nous l’espérons", a ajouté Mme Silverberg.

Les Etats-Unis ont d’ailleurs l’intention de presser le Soudan d’envoyer rapidement un émissaire à Washington pour tenter de le convaincre d’autoriser le déploiement de la force onusienne, a indiqué la secrétaire d’Etat aux Affaires africaines, Jendayi Fraser.

Mme Frazer, qui vient de rentrer de Khartoum où elle a reçu un accueil glacial du président Béchir, a indiqué que cet émissaire serait le ministre soudanais des Affaires étrangères, Lam Akol.

"Je vais l’appeler aujourd’hui, pour voir s’il peut venir vers la semaine prochaine", a-t-elle ajouté. "Je pense que le plus tôt sera le mieux".

Selon des diplomates à New York, il est peu probable que de nombreux pays contribuent à une mission à laquelle s’opposerait le gouvernement de Khartoum.