Mettre fin au génocide

Afriquecentrale.info

Afriquecentrale.info, 15 Septembre 2006

L’acteur et metteur en scène américain George Clooney et l’écrivain prix Nobel de la paix Elie Wiesel ont lancé jeudi un appel passionné au Conseil de sécurité de l’Onu pour qu’il mette fin au "génocide" au Darfour.

Les deux célébrités ont participé à une réunion à huis clos, organisée par l’ambassadeur américain John Bolton, pour inciter le Conseil à agir pour protéger la population de cette province soudanaise qui, selon l’Onu, est menacée d’une nouvelle catastrophe humanitaire si la force de l’Union africaine (UA) sur place s’en va fin septembre comme prévu.

"Je suis ici comme porte-voix des gens qui ne peuvent se faire entendre eux-mêmes", a déclaré George Clooney, qui a visité le Darfour et prend une part active à une campagne pour sauver la population civile.

"Pendant le temps que nous allons passer ici, plus de femmes et d’enfants vont mourir de mort violente au Darfour qu’en Irak, en Afghanistan, en Palestine, en Israël ou au Liban" a-t-il ajouté. "Aux Etats-Unis, c’est considéré comme un génocide. Pour vous, c’est un nettoyage ethnique".

"Mais qu’on ne s’y trompe pas, c’est le premier génocide du XXIe siècle et si on permet qu’il se poursuive, ce ne sera pas le dernier", a averti l’acteur.

Le mandat de la force de l’UA, de 7.000 hommes, sous-équipée et financée, s’achève le 30 septembre et Khartoum répète chaque jour son opposition à son remplacement par une force de l’Onu plus musclée capable de faire respecter un fragile accord de paix signé en mai et de protéger la population.

Face à la persistance du gouvernement du président Omar el-Béchir de refuser tout déploiement de l’Onu au Darfour, le coordinateur des affaires humanitaires de l’Onu, Jan Egeland, a averti que les agences humanitaires étaient "très proches" de quitter cette région et "ce sera comme déclencher un désastre".

Elie Wiesel, survivant de l’Holocauste et avocat infatigable des droits de l’homme, a également appelé à une action résolue de la part du Conseil pour mettre fin à la tragédie "insensée" du Darfour.

"Elle a tous les ingrédients des pires crimes du siècle passé: haine tribale, brutalité inouïe, comportements scandaleux avec viols de femmes, meurtres d’enfants", a-t-il dit. "Souvenez-vous du Rwanda (...) des êtres humains avaient été assassinés et nous savons maintenant qu’ils auraient pu être sauvés et ils ne l’ont pas été", a-t-il lancé.

Il a estimé que le Conseil devrait imposer des sanctions économiques, politiques et culturelles au Soudan et que ceux qui commettent les meurtres ou les ordonnent devraient être inculpés de crimes contre l’humanité.

Un délégué du Qatar, seul pays arabe siégeant au Conseil, a défendu le gouvernement soudanais, notant qu’il avait signé l’accord de paix avec une partie des rebelles. Il a demandé pourquoi le Conseil n’imposait pas de sanctions aux "rebelles soutenus de l’étranger" qui refusent de signer cet accord.

Le délégué qatari a aussi demandé pourquoi l’opinion du monde était montée contre le Soudan et pas contre ceux qui "tuent des innocents en Palestine et au Liban".

Le Darfour est en proie depuis février 2003 à une guerre civile opposant des groupes rebelles au pouvoir central de Khartoum et aux milices arabes qui lui sont alliées. Le conflit a fait environ 300.000 morts et plus de 2,5 millions de déplacés, d’après l’Onu.