Darfour : l'envoi de Casques bleus dépend du feu vert de Khartoum

Jean-louis Turlin

Le Figaro, 01 Septembre 2006

Persuadé qu'un vote de l'ONU forcerait la main du gouvernement soudanais, l'ambassadeur américain auprès des Nations unies, John Bolton, a tenu son pari. Faire voter avant la fin du mois et l'expiration des mandats pour le dispositif au sud du Soudan – où 10 000 soldats sont déjà déployés – une résolution pour la relève de la force de l'Union africaine, à bout de souffle, par 17 000 Casques bleus. Mais le déploiement est toujours soumis au bon vouloir de Khartoum, qui se fait attendre et dont les premières réactions ont été négatives.

C'est pourtant un signal à la fois fort et conciliant qu'envoie au gouvernement soudanais la résolution 1706 rédigée par les États-Unis et la Grande-Bretagne mais coparrainée par plusieurs autres pays, dont la France. Le texte «invite le gouvernement d'unité nationale à consentir» au renforcement de la force déjà sur place, et désormais appelée à opérer sous la bannière onusienne, «jusqu'à concurrence de 17 300 soldats», et à «une composante civile correspondante comptant jusqu'à 3 300 membres de la police civile».

La situation humanitaire se dégrade

Cette force, la Minus, qui devrait donc se substituer aux 7 000 hommes de l'Union africaine (Muas), disposera donc de moyens autrement conséquents pour faire respecter l'accord de paix au Darfour signé en mai dernier par les parties concernées. Le signal fort, c'est qu'un calendrier a été fixé, avec un début de déploiement dès le 1er octobre, et que la Minus pourra avoir recours à la force, en vertu du chapitre 7 de la Charte des Nations unies, pour protéger les populations civiles et le personnel de l'ONU. Pour l'ambassadrice Karen Pierce, adjoint au représentant permanent de la Grande-Bretagne, «c'est la première fois, à ma connaissance, qu'une résolution sur une opération de maintien de la paix établit si clairement ses responsabilités en matière de protection des civils».

Le côté conciliant réside dans la volonté de dialogue avec le gouvernement soudanais sur le sujet hypersensible de la transition. Karen Pierce a rappelé les efforts de son pays pour engager ce dialogue, pour en concéder aussitôt la difficulté, un envoyé britannique auprès du président Omar al-Béchir s'étant vu opposer une fin de non-recevoir. Pendant ce temps, la situation humanitaire au Darfour ne cesse de se dégrader et l'émissaire de l'ONU, Jan Egeland, affirmait lundi que la région était au bord d'une nouvelle catastrophe.

Reste à savoir si le message de la résolution 1706 sera suffisamment fort pour débloquer la situation. La Chine, la Russie et le Qatar se sont abstenus, moins, semble-t-il, en raison d'un désaccord sur le fond que sur le calendrier. Khartoum ne manquera pas d'exploiter ce non-ralliement. Pour John Bolton, le gouvernement soudanais «ne peut ignorer une résolution des Nations unies dont certaines dispositions sont contraignantes». Un «silence» serait une forme de consentement, estime l'ambassadeur américain qui, à propos des bruits négatifs venant de Khartoum, ajoute qu'il faut distinguer «la réalité de la rhétorique