Le Soudan rejette la résolution 1706 de l'ONU sur le Darfour

Le Monde

Le Monde, 31 Août 2006

Le gouverneur du Darfour du Nord, Osmane Youssef Kibir, a rejeté, jeudi 31 août, la résolution 1706 adoptée par le Conseil de sécurité de l'ONU pour le déploiement d'une force onusienne renforcée au Darfour. "La résolution manque de légitimité et de crédibilité", a-t-il déclaré à la télévision soudanaise. "La résolution est basée sur la supposition que la sécurité est en train de se dégrader au Darfour. C'est une supposition erronée puisque la sécurité s'est améliorée et prévaut dans toute la région", a-t-il assuré. La télévision publique a également cité le conseiller présidentiel Majzoub Al-Khalifa Ahmed disant que la résolution est "totalement inacceptable" et avertissant qu'elle pourrait "inciter à la sédition".

DOUZE DES QUINZE MEMBRES EN FAVEUR DE LA RÉSOLUTION

Pourtant le texte adopté par le Conseil de sécurité des Nations unies, qui prévoit le déploiement d'une force de maintien de la paix forte de 17 000 casques bleus dans la province soudanaise du Darfour, se veut conciliante avec Khartoum. Le texte révisé présenté au vote du Conseil de sécurité stipule que le déploiement des casques bleus sera "fondé sur un accord avec le gouvernement [soudanais]" et réaffirme le respect "à l'égard de la souveraineté, de l'unité, de l'indépendance et de l'intégrité territoriale du Soudan".

Douze pays ont voté en faveur de la résolution, trois se sont abstenus : la Chine, la Russie et le Qatar. Juste avant la réunion, l'ambassadeur américain John Bolton avait souligné qu'il aurait été "préférable d'avoir l'unanimité" des quinze membres du Conseil de sécurité. Mais il est plus "important d'avancer rapidement et d'adopter cette résolution [...] afin de mettre un terme au génocide au Soudan". Devant le Conseil, la Chine a particulièrement regretté le déroulement d'un vote avant que le gouvernement soudanais exprime son accord sur le déploiement d'une telle force.

SITUATION HUMANITAIRE CATASTROPHIQUE

Les diplomates de l'ONU soulignent que la situation au Darfour s'est envenimée dernièrement, constatant une hausse des viols, des massacres et des attaques contre des travailleurs humanitaires. Le coordinateur humanitaire des Nations unies pour le Soudan, Manuel Da Silva, a déploré jeudi la détérioration des conditions de travail des humanitaires, après la mort récente d'un employé du Comité international de la Croix-Rouge. Ce décès "porte à 12 le nombre de travailleurs humanitaires tués dans la région en 2006, pour la plupart au cours des deux derniers mois".

"Nous sommes particulièrement désemparés par le fait que ces travailleurs humanitaires sont attaqués alors qu'ils mènent à bien leur mission, qui est d'apporter aide et soulagement à ceux qui souffrent au Darfour", déclare M. Da Silva.

En dépit d'un accord de paix signé en mai 2006 entre le gouvernement de Khartoum et la principale faction rebelle, la situation sur le terrain a continué de se dégrader. Depuis février 2003, le conflit a fait entre 180 000 et 300 000 morts, selon les estimations, entraînant le déplacement de quelque 2,4 millions de personnes.