Soudan : la force africaine au Darfur reçoit un soutien international accru

Jean-philippe Rémy

Le Monde, 28 Mai 2005

La mission de l'Union africaine au Darfour (AMIS), déployée dans l'ouest du Soudan, a reçu, jeudi 26 mai, un soutien décisif de la communauté internationale.

Réunie à Addis-Abeba, en Ethiopie, une conférence des bailleurs de fonds, à laquelle participaient de hauts responsables des Nations unies, de l’Union européenne (UE) et de l'OTAN, s'est conclue par une série d'engagements en faveur d'un appui important à la force africaine qui intervient au Darfour pour tenter de mettre fin à un conflit commencé en 2003.

Même si le détail complet de cette aide, qui inclut des fonds et un appui logistique, n'est pas encore connu avec exactitude, Alpha Oumar Konaré, le président de la Commission de l'Union africaine (UA) a déjà fait savoir que son organisation sur la base des premières évaluations, estimait les contributions «suffisantes ». L'Union africaine avait préalablement estimé ses besoins à 460 millions de dollars (365 millions d'euros).

Pour mettre fin au conflit qui aurait fait, selon les estimations, entre 180'000 et 300 000 morts en deux ans, essentiellement des victimes de conséquences indirectes du conflit, une « course contre la montre est engagée », a souligné encore récemment l'ONU. Comme l'a dit Jean Guéhenno, responsable du département des opérations de maintien de la paix des Nations unies, l'Union africaine fournit des contingents qui n’ont pratiquement à offrir, en l'état actuel, que le « haut -niveau de motivation de ses hommes ».

- Une lueur d’Espoir :

Parmi les promesses obtenues lors de la réunion d'Addis-Abeba, figure la mise: à disposition de plusieurs avions de transport, de six hélicoptères de combat et de 116 véhicules blindés de transport- de troupes. En plus de ces moyens, il faudra fournir aux troupes africaines, dont le nombre devait être porté à plus de 7700 hommes d'ici à septembre, et qui pourrait, à terme, atteindre 12 300 hommes des casques, des gilets pare-balles et des moyens de communication.
Un certain nombre de pays ont déjà fait connaître le montant exact de leurs contributions.

Les Etats-Unis, par la voix de Charles Snyder, chargé du Soudan au département d'Etat, ont fait savoir que la participation américaine serait augmentée de 50 millions -de dollars, S'ajoutant aux 95 millions déjà promis. Le Canada s'est engagé à débloquer une aide, financière et matérielle, d'un montant. global de 134 millions de dollars. Paris, de son côté, a fait savoir que la France, en plus de l'aide déjà engagée, allait notamment « mettre en place un potentiel de transport aérien de l’ordre de 1200 heures de transports stratégiquese», ainsi que des moyens de surveillance aérienne, selon Michèle Alliot Marie, la ministre française de la défense.

Un important travail de planification est désormais indispensable pour éviter que ces promesses, notamment celles émanant conjointement de l’Union européenne et de l’OTAN, fassent « double emploi ». Un document interne de l'UE s'en inquiété, déjà, notant que les capacités des deux organisations « ne sont pas complémentaires ».

Les contributions européennes depuis le déclenchement de la guerre dans l'ouest du Soudan se montaient jusqu'ici à 570 millions d'euros selon un calcul de l'UE, depuis le soutien au processus politique jusqu'à l'aide humanitaire en passant par l'appui à l’AMIS.

Sur le terrain, la situation ne s'est pas améliorée au cours des mois écoulés. Du côté gouvernemental comme du côté rebelles, des actes de banditisme visant les organisations humanitaires sont de plus en plus fréquents.

L'annonce de la reprise des négociations entre le gouvernement et les mouvements rebelles, le 10 juin à Abuja, au Nigeria, après six mois d'interruption, apporte cependant une lueur d'espoir., jusqu'ici, les pourparlers, placés sous, la houlette de l'UA, n'ont abouti à aucun résultat tangible.