Washington et Londres prônent des casques bleus pour le Darfour

Evelyn Leopold

L’express, 03 Février 2006

Les civils ont trop longtemps été les proies faciles des rebelles et du gouvernement soudanais.

Les États-Unis espèrent que le Conseil de sécurité des Nations-unies approuvera en février le déploiement d’une force de maintien de la paix au Darfour, une région du Soudan où les violences se poursuivent, a déclaré le secrétaire d’État adjoint Robert Zoellick à des journalistes à Washington.

Aux Nations-unies, les États-Unis et la Grande-Bretagne préparent un projet de déclaration qu’ils soumettront la semaine prochaine au Conseil de sécurité. Cette déclaration demande aux responsables de l’Onu de préparer un projet de déploiement d’une force au Darfour, a-t-on appris de source proche du Conseil de sécurité.

Mais les diplomates ne s’attendent pas à ce que le Conseil de sécurité autorise une telle force ce mois-ci, alors que l’ambassadeur américain John Bolton assure la présidence tournante du Conseil.

L’Union africaine qui a déployé 7 000 hommes dans cette région grande comme la France, n’a pas encore dit si elle acceptait d’agir en coopération avec des casques bleus ou de leur céder la place. Khartoum n’a pas davantage donné son consentement.

La Chine, membre permanent du Conseil de sécurité, qui dispose d’importants intérêts pétroliers au Soudan, ne se prononcera probablement pour un déploiement de casques bleus que si l’Union africaine et le Soudan y sont favorables, estiment des diplomates.

Le secrétaire général de l’Onu, Kofi Annan, a déclaré que l’envoi de casques bleus au Darfour était “désormais inévitable”, mais l’intégration de la force de l’Union africaine au Darfour à une force de l’Onu prendrait au moins six mois, notent des responsables de l’Onu.

- Livraisons d’armes

Le sous-secrétaire général chargé des opérations de maintien de la paix, Jean-Marie Guehenno, a déjà entamé des préparatifs, mais il a besoin d’une décision ferme du Conseil de sécurité avant de recruter des troupes.

Le conflit du Darfour a éclaté début 2003 lorsque des populations noires ont pris les armes en accusant le gouvernement de Khartoum, à dominante arabe, de négliger la région. Le gouvernement a riposté en armant des milices arabes, la Djandjaouid, qui ont commencé à attaquer les villages, incitant deux millions de personnes à se réfugier dans des camps.

“ En regardant les trois dernières années de meurtres et de nettoyage ethnique au Darfour, il nous faut admettre que notre stratégie de paix a échoué jusqu’ici”, a déclaré à la mi-janvier Jan Pronk, représentant de l’Onu à Khartoum.

L’organisation Human Right Watch, basée à New York, et la cellule de réflexion International Crisis Group, à Bruxelles, ont exhorté Washington à “rechercher d’urgence une transition de la force de l’Union africaine au Darfour vers une mission des Nations-unies avec un mandat fort de protection des civils”.
Dans des lettres au président George Bush et au Conseil de sécurité, les deux organisations affirment que les miliciens continuent d’agir impunément au Darfour.

“ Le gouvernement soudanais n’a pas tenu sa promesse de cesser ses attaques contre ses propres ressortissants”, a déclaré l’ancien ministre australien des Affaires étrangères Gareth Evans, président de l’International Crisis Group.

Kenneth Bacon, président de Refugees International, a pour sa part déclaré: “John Bolton, qui a demandé un renforcement de l’embargo sur les livraisons d’armes au Soudan, devrait demander la divulgation d’une étude non publiée des Nations-unies énumérant les pays qui livrent des armes aux rebelles et aux milices soutenues par Khartoum.