Les viols ont pris une proportion alarmante et menacent gravement la survie des familles.

Gaëtan Du Roy

La Croix, 15 Décembre 2005

Dans ce conflit, le viol est devenu une véritable arme de guerre.

Le conflit au Darfour est en train de « redevenir une crise oubliée », s’alarme Jérôme Larché, responsable de la mission Soudan pour Médecins du Monde (MDM). Et ce, malgré les déclarations du secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan, le 8 décembre et du haut commissaire aux réfugiés de l’ONU, Antonio Guterres, deux jours plus tôt, appelant à se mobiliser autour du sort des réfugiés.

Le conflit au Darfour semble avoir perdu son intensité ces derniers mois, mais la situation des réfugiés n’a jamais été aussi grave. La situation des femmes, notamment, est préoccupante. Le viol constitue aujourd’hui une menace grave et est utilisé par les « djandjawids », ces milices composées de pasteurs nomades arabophones, comme une véritable arme de guerre. « Lorsque les femmes vont au champ, chercher du bois ou de l’eau, elles ont peur », affirme Danièle Coquoz, responsable de la délégation en France du Comité International de la Croix Rouge (CICR). Elles ont peur du viol, mais peut-être plus encore « des conséquences du viol : le rejet ou l’impossibilité de se marier ».

Un homme ne prendra pas une femme si elle n’est pas vierge dans cette société traditionnelle. Mais la victime de viol risque plus encore si elle tente d’introduire une plainte. Car elle doit faire la preuve qu’elle n’était pas consentante. Si elle y échoue elle risque d’être accusée d’adultère, un crime passible de la peine de mort au Soudan.

Un exemple rapporté par Elsa le Pennec, « officier des droits de l’homme » au Darfour pour les Nations Unies, revenue récemment de mission, illustre la triste situation. Une adolescente est blessée en juin 2005, à la suite d’un viol collectif près d’un camp de réfugiés, aux alentours d’Al-Fachir (centre du Darfour). Sortie de l’hôpital, elle se rend avec les enquêteurs sur les lieux de l’agression. Ceux-ci ne trouvant pas de preuves du crime, concluent que les blessures sont dues au terrain et au temps. Malgré cela, et sans doute devant l’absurdité de cette conclusion, la procédure continue. Il s’avère alors que le viol a été commis par des militaires. La jeune fille est soumise à une confrontation directe avec 300 soldats pour tenter de désigner ses agresseurs. L’enquête est ensuite transmise aux autorités militaires et se prolonge sans réel espoir d’aboutir. Les femmes sont devenues, depuis le début des hostilités, le point d’équilibre des familles en l’absence des hommes. Ces viols risquent de déstructurer gravement les clans du Darfour.