Le Soudan n'exclut pas le déploiement d'une force de l'Onu au Darfour

Jeune Afrique

Site De Vigilance Soudan, 07 Mai 2006

Le gouvernement soudanais n'exclut plus le déploiement d'une force de l'Onu au Darfour pour remplacer les soldats de l'Union africaine (UA), une volte-face après la signature de l'accord de paix avec le principal groupe rebelle.
Entre-temps, le secrétaire général adjoint des Nations unies chargé des Affaires humanitaires,
Jan Egeland, est arrivé dimanche au Darfour, marquant la première visite d'un responsable de l'ONU dans la province après la signature vendredi de l'accord d'Abuja.
"Le gouvernement va évaluer s'il a besoin ou non de l'assistance de forces étrangères et pourrait décider de demander le déploiement (d'une force) de l'Onu", a déclaré le porte-parole du ministre des Affaires étrangères, Jamal Ibrahim.

"Mais une telle décision relève des prérogatives du gouvernement (...). Ce qui est certain, c'est qu'il n'y aura pas de déploiement de forces étrangères au Soudan sans le consentement préalable du gouvernement", a-t-il souligné.
Ces déclarations marquent un net changement de position de la part de Khartoum, qui s'était opposé à l'envoi de forces non africaines au Darfour pour remplacer les troupes de l'UA.
Fin février, le président soudanais, Omar al-Béchir, avait même averti que le Darfour serait un "cimetière" pour les troupes étrangères qui y seraient dépêchées sans l'accord du gouvernement.

Mais ces derniers jours, des responsables soudanais ont évoqué la possibilité d'un déploiement de forces onusiennes dans le cadre d'un accord de paix.
Il s'agit "d'un signe très encourageant, du premier résultat positif de l'accord de paix d'Abuja", a commenté l'ambassadeur américain à l'Onu, John Bolton.

Avant même la signature de l'accord, le gouverneur du Darfour-nord, Osman Youssef Kibir, avait affirmé que le gouvernement pourrait accepter qu'une force de l'Onu supervise l'application d'un accord de paix.
"Nous pensons que le déploiement de forces de l'Onu au Darfour après la conclusion d'un accord de paix peut servir de garantie à (son) application" avait-il déclaré la semaine dernière.

Dans un message audio qui lui est attribué, diffusé en avril par la chaîne Al-Jazira, Oussama ben Laden avait appelé à une guerre sainte au Darfour, en référence aux appels lancés par les Etats-Unis en faveur d'une force de l'Onu soutenue par l'Otan dans cette région.

Le gouvernement soudanais et la faction majoritaire du principal groupe rebelle au Darfour, le Mouvement/Armée de libération du Soudan (SLM), ont signé vendredi à Abuja un accord de paix pour mettre fin à une guerre civile qui a déchiré cette province de l'ouest du Soudan pendant trois ans.
L'autre rébellion, le Mouvement pour la justice et l'égalité (JEM), a refusé l'accord, de même que la faction minoritaire du SLM dirigée par Abdel Wahid Mohammed Al-Nour.

Les rebelles, issus des tribus africaines majoritaires au Darfour, avaient pris les armes pour protester contre la marginalisation de leur province.
Les violences ont fait dans cette région de l'ouest du Soudan quelque 300.000 morts et laissé 2,4 millions de personnes sans abri depuis trois ans.
La force de paix au Darfour compte 7.000 hommes de l'UA et est déployée depuis 2004, mais elle n'a pas réussi à mettre un terme au bain de sang et connaît des problèmes financiers.

Quant à Jan Egeland, il a été accueilli à son arrivée à l'aéroport de Nyala, dans le Darfour-sud, par quelques manifestants qui protestaient contre "l'ingérence internationale" .
Mais M. Egeland a insisté sur la nécessité de pressions maximales pour prévenir une plus grande tragédie. "En ce moment, le Darfour est lentement en train de suffoquer, de mourir devant nos yeux", a-t-il déclaré à la BBC depuis la région.

"La moitié de la population est à présent devenue victime de la guerre (...). Le monde entier doit mettre la pression sur les deux parties", a dit M. Egeland, qui doit rencontrer lundi des responsables soudanais à Khartoum.