Kofi Annan appelle le Soudan à accepter la mission de l'Onu

Par Alistair Thomson Et Barry Moody

Nouvel Observateur Avec Reuters, 03 Juin 2006

Le secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, a tenté de convaincre le dirigeant soudanais Omar Hassan al Bachir de revenir sur son refus du déploiement d'une force de maintien de la paix dirigée par l'Onu au Darfour. Annan, qui a rencontré Bashir en marge du sommet de l'Union africaine (UA), avait déclaré samedi que le Darfour était "un des pires cauchemars de l'histoire récente". Le sommet de l'UA, qui se tient ce week-end dans la capitale de la Gambie , est largement consacré aux conflits dans la région soudanaise du Darfour et en Somalie. Annan espère convaincre Bashir d'accepter le plan de l'UA consistant à transférer le rôle de maintien de la paix au Darfour à une force de casques bleus de l'Onu d'ici le 30 septembre. Actuellement, c'est une mission de l'UA, qui compte 7.000 hommes et manque de ressources, qui est chargée de cette tâche. Bashir a plusieurs fois refusé l'intervention de toute troupe étrangère. Des dizaines de milliers de personnes ont pourtant été victimes de meurtres, de viols ou de pillages durant ces trois dernières années dans la province du Darfour, et 2,5 millions de Soudanais ont dû rejoindre des camps de réfugiés. Les puissances occidentales, l'Onu et les observateurs estiment que seule une force des Nations unies pourrait mettre fin à cette situation mais à Banjul, plusieurs diplomates considèrent que la communauté internationale n'a aucun moyen de pression sur le Soudan. Khartoum a déjà déclaré que le déploiement serait considéré comme une invasion occidentale, attirerait les activistes islamistes et créerait une situation semblable à la confusion irakienne.
Les attaques continuent
A Banjul, le président de la commission de l'UA, Alpha Oumar Konaré, s'est prononcé pour que l'accord de paix conclu le 5 mai entre le gouvernement de Khartoum et un mouvement rebelle du Darfour soit appliqué "sans délai". Mais deux autres groupes rebelles n'ont pas signé cet accord et les attaques continuent. Konaré a aussi souligné que le conflit entre le Soudan et le Tchad, pays frontalier du Darfour, aggravait le conflit. Selon des sources libyennes, Bashir et le président tchadien Idriss Deby se sont rencontrés samedi sous la médiation du dirigeant libyen, Mouammar Kadhafi. Lors de ce sommet, l'UA a par ailleurs apporté son soutien au fragile gouvernement intérimaire somalien, fortement menacé par l'avancée des milices islamistes qui ont déjà pris le contrôle de Mogadiscio et d'une grande partie du sud du pays. Mais les chances de régler le conflit semblent minces. L'UA, qui a appelé au dialogue entre les parties, a prévenu qu'elle ne négocierait pas directement avec les islamistes; le gouvernement intérimaire a estimé de son côté que les positions radicales prises par les nouveaux maîtres de Mogadiscio compromettent les négociations prévues en juillet. L'UA va également étudier un rapport de juristes africains recommandant que l'ancien dirigeant tchadien Hissène Habré, accusé d'assassinats politiques, soit jugé en Afrique plutôt qu'en Belgique. Habré a été chassé du pouvoir par Deby en 1990. Deux ans plus tard, une commission nationale d'enquête concluait que le gouvernement d'Habré était responsable de 40.000 assassinats politiques et de 200.000 cas de torture.