« Des crimes de guerre ont été commis au Darfour »

Damien Roustel

L'humanité, 24 Mai 2006

Amnesty demande à l'ONU et à l'Union africaine de résoudre le conflit.

Cette année encore, le Darfour, cette région de l'ouest du Soudan ravagée depuis 2003 par un conflit qui aurait fait 300 000 morts, a été le théâtre des pires atteintes aux droits humains. Dans son rapport 2006, Amnesty International n'a pas de mots assez durs pour évoquer l'année écoulée. L'organisation parle de « violations effroyables d'une ampleur extrême », d'« atteintes aux droits humains généralisées et systématiques » et de « violations de droits humanitaires ».

Victimes de ce conflit, plus de 1,8 million de personnes sont toujours déplacées sur le territoire soudanais, tandis que 220 000 autres sont réfugiées au Tchad.

« Comme les années précédentes des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité ont été commis par les forces gouvernementales et les milices nomades des djandjawids qui leur sont alliées. Des crimes de guerre ont également été perpétrés par les groupes politiques armés opposés au gouvernement », écrit Amnesty International. Des femmes et des jeunes filles ont été violées et enlevées par les milices djandjawids et parfois par les forces gouvernementales. Des civils ont été tués ou blessés lors d'attaques de villages. Cer-taines localités ont été bombardées. Dans un rapport de 10 pages remis lundi au Conseil de sécurité, le secrétaire général de l'ONU confirme que, malgré la conclusion le 5 mai d'un accord de paix entre le gouvernement de Khartoum et certains rebelles du Darfour, les exactions se poursuivent avec notamment des viols, des pillages et des expulsions forcées.

En mars 2005, le Conseil de sécurité de l'ONU a adopté la résolution 1593 qui permet à la Cour pénale internationale (CPI) de s'occuper de la question du Darfour.

Les investigations de la CPI ont commencé mais ses enquêteurs n'ont pas encore été autorisés à se rendre au Soudan. Khartoum a créé un tribunal spécial pour juger les crimes commis au Darfour. Une façon de couper l'herbe sous le pied de la CPI. « Les autorités se sont contentées d'ouvrir des enquêtes ou d'engager des poursuites contre quelques-unes seulement des personnes soupçonnées de crimes contre l'humanité et crimes de guerre au Darfour », déplore Amnesty International.

« Au Darfour, l'action des Nations unies et de l'Union africaine (UA) n'a pas été, loin s'en faut, à la hauteur des besoins d'une situation qui ne reçoit qu'une attention intermittente de la part de ces deux instances internationales », a déclaré la secrétaire générale d'Amnesty International, Irene Khan, à l'occasion de la sortie de ce rapport annuel. L'organisation demande à l'ONU et à l'UA de « tout faire pour résoudre le conflit dans la région et mettre un terme aux atteintes aux droits humains qui s'y déroulent ».