Face aux conséquences funestes pour la santé de millions de personnes au Darfour, L'Organisation mondiale de la Santé lance un appel en faveur d'une intensification de l'action sanitaire

Oms

Oms, 02 Juin 2004

L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a insisté aujourd’hui sur les conséquences sanitaires très graves de la situation à laquelle sont exposées des millions de personnes dans la région du Darfour, au Soudan. Sans une intensification rapide de l’aide extérieure, une augmentation significative de la morbidité et de la mortalité est inévitable; seul un renforcement d’urgence de l’action internationale permettra d’éviter la catastrophe.

Le Grand Darfour comprend trois Etats peuplés de 6,7 millions d’habitants. La crise humanitaire a entraîné un déplacement de plus de 1,2 million d'entre eux qui ont dû quitter leur village et leur foyer et au total ce sont plus de 2 millions de personnes qui ont été touchées. Dans un cas au moins, le taux de mortalité de l’enfant a atteint le triple du seuil international caractéristique d'une situation d’urgence humanitaire (2 décès pour 10 000 enfants de moins de cinq ans par jour).
Le 3 juin, les ministres et les hauts responsables des pays donateurs se réuniront à Genève pour intensifier la riposte face à la crise au Darfour. Une action courageuse et décisive s’impose. L’OMS estime qu’on n'évitera une crise humanitaire qu'en renforçant rapidement la riposte – surtout au cours des trois prochains mois.
L’Organisation recherche un montant de US $7,6 millions pour l’action sanitaire au Darfour dans le cadre des US $30 millions nécessaires pour l’action sanitaire dans l’ensemble du Soudan; il s'agit d’aider le Gouvernement à coordonner la riposte du secteur de la santé, à faire face aux flambées de maladies, à répondre aux besoins de santé publique et à améliorer l’assainissement et l'accès aux soins médicaux.

L'AGGRAVATION DE LA CRISE AU DARFOUR

Comme l’a souligné le Directeur général de l’OMS, le Dr LEE Jong-wook, « On assiste à une spirale de la mort et de la maladie à cause de la pénurie alimentaire, de l’insalubrité de l’eau, de l’absence de moyens d’assainissement et d’abris, d'une situation de violence généralisée et de l’insuffisance de l'accès aux soins médicaux et des moyens de santé publique - notamment pour la vaccination. Ce sont là les réalités de la crise actuelle au Darfour et le monde ne peut se permettre d’assister passivement à l’aggravation de la situation et au nombre croissant de morts qui pourraient être évitées par une action concertée».

En octobre 2003, l’Organisation des Nations Unies a souligné le risque imminent d’une crise humanitaire au Darfour et demandé des ressources supplémentaires. Après un retard considérable, des contributions sont actuellement annoncées.
Mais les besoins ont également augmenté. En avril 2004, le nombre des personnes touchées a franchi le cap des 2 millions et l’on compte au moins 1,2 million de personnes déplacées à l’intérieur du territoire et 100 000 réfugiés au Tchad voisin. Des informations font état d’un nombre croissant de cas de malnutrition (qui dans certains endroits double chaque semaine), de diarrhée, de rougeole et de décès. Jusqu’ici, les annonces de contributions reçues pour l’action de l’OMS atteignent US $3,9 millions.

Comme l’a fait observer le Directeur régional de l’OMS pour la Région de la Méditerranée orientale, le Dr Hussein Gezairy, « l’acheminement de l’aide indispensable pose un problème immense au Darfour, car la région est vaste, les gens très dispersés et les voies de communication fortement perturbées. Une collaboration intense s’impose pour venir en aide à ceux qui en ont besoin. Il faut un renforcement massif de l’engagement et de l’action internationale ainsi qu’une présence efficace sur le terrain dès maintenant si l’on veut sauver des vies ».

Les organisations du système des Nations Unies et les organisations non gouvernementales qui cherchaient à renforcer leur action au Darfour au cours des derniers mois se sont heurtées à de nombreux problèmes. La priorité immédiate est de sauver des vies et de réduire l’ensemble des risques sanitaires qui sont exacerbés par l’arrivée de la saison des pluies. Il faudra pour cela des agents de santé publique qualifiés disposant de moyens appropriés pour lutter contre les maladies, lancer des campagnes de vaccination, assurer un approvisionnement en eau et des moyens d’assainissement adéquats et veiller à ce que les soins chirurgicaux et médicaux prioritaires soient disponibles lorsqu’on en a besoin. Le Ministère de la Santé, l’OMS et les partenaires ont défini les besoins et les priorités et s’attachent ensemble à déployer d’urgence des médecins et des chirurgiens soudanais dans les hôpitaux et les centres de santé du Darfour, en coordination avec le système des Nations Unies et les ONG.

A court terme, il faut d’urgence des spécialistes internationaux de la santé publique de haut niveau compétents et expérimentés, ainsi que des chirurgiens, des médecins, des infirmières et des spécialistes de la logistique qui interviendront au Darfour sous la direction du Gouvernement soudanais et de l’OMS. Pour une action efficace, ils auront besoin de fournitures et de matériel adéquats.
L’OMS se félicite des assurances récemment données par le Gouvernement soudanais concernant les autorisations qui seront délivrées aux agents humanitaires dans les 48 heures pour leur permettre de se rendre de Khartoum au Darfour et les mesures qui seront prises pour faciliter l’acheminement des moyens de secours.

APPEL A L'ACTION

Tous les responsables mondiaux prennent aujourd’hui conscience de la tragédie du Darfour et l’OMS réaffirme son appel à l’action pour faire face à la souffrance. Le système des Nations Unies et les ONG ont besoin d’un soutien financier et politique durable et résolu face à une situation qui ne peut être qualifiée que de catastrophique.

CERTAINES MESURES SANITAIRES RECENTES PRISES AU DARFOUR

L’OMS qui a envoyé des collaborateurs au Darfour depuis fin 2003 évalue périodiquement la situation et les besoins sanitaires. Elle contribue à coordonner et à diriger l’aide internationale en faveur de la santé publique au Darfour.

Parmi les mesures prises récemment dans le domaine sanitaire au Darfour, figurent notamment :

- La surveillance des maladies et la préparation à faire face aux flambées : un système d’alerte avancée concernant le choléra, la dysenterie et le paludisme a été mis sur pied avec 52 agents de surveillance qualifiés et du matériel de riposte aux flambées a été acheminé à l’avance dans les trois Etats.

- Une campagne de vaccination antirougeoleuse : le Ministère de la Santé, l’UNICEF, l’OMS et les partenaires mettent au point les derniers préparatifs en vue d’une campagne de vaccination antirougeoleuse de masse couvrant plus de deux millions d’enfants au Darfour. Cette campagne viendra s’ajouter aux soins contre la rougeole apportés par les ONG et s’adressera aux enfants de neuf mois à 15 ans. Dans le cadre de la campagne, les enfants recevront une supplémentation en vitamine A ainsi que le vaccin antipoliomyélitique.

- Des mesures de salubrité de l’environnement : 172 agents chargés de la salubrité de l’environnement ont été formés et équipés pour assurer la mise en place de moyens de lutte antivectorielle, d’élimination des déchets et de promotion de la santé pour 310 000 personnes à El Mashtel, Abu Shouk, et Kaalma, et Geneina.