Dix ans de conflit au Darfour

Redaction

Dw, 25 Février 2013

Le 26 février 2003, des insurgés de tribus noires s'emparaient de la province du Darfour, dans l’ouest du Soudan. Depuis, deux accords de paix ont été signés. Mais de nouveaux affrontements ont repris au Darfour-Nord.

Cela fait une décennie que la province soudanaise du Darfour est en proie à des violences ethniques. En 2003, des tribus noires avaient pris les armes contre le pouvoir de Khartoum pour protester contre la marginalisation de leur région. Ils exigeaient, notamment, le partage équitable des ressources et l'autonomie de leur région.
Des centaines de milliers de déplacés du Darfour hébergés dans des camps de réfugiés Des centaines de milliers de déplacés du Darfour hébergés dans des camps de réfugiés

En réaction, le gouvernement avait chargé les milices arabes Janjawids de mater la révolte. Ces mêmes milices ont été par la suite accusées de multiples exactions dans la province du Darfour.

Un pays encore inaccessible

Selon les estimations de l'ONU, le conflit a fait 300.000 morts et environ 2,7 millions de déplacés. Une situation désastreuse, tant sur le plan humanitaire que politique. Les organisations humanitaires se disent consternées, comme l'explique Jean-Baptiste Galopin, chercheur spécialiste du Soudan à Amnesty International :

« L'accès au Darfour reste très difficile. Les organisations internationales encore presentes sur place font face à un climat de surveillance, qui rend tout travail de documentation difficile. Et malheureusement, la repression du gouvernement envers la société civile, en particulier, les organisations internationales, est telle que très peu d'entre elles restent aujourd'hui présentes au Darfour pour faire un travail de documentation sur les droits de l'Homme. »

Au cours des premières années, le conflit du Darfour a suscité un mouvement de solidarité internationale. Artistes et intellectuels se sont mobilisés pour soutenir les populations soudanaises. Mais l'euphorie semble aujourd'hui avoir laissé la place au statut quo.

Le conflit change de nature

Dix ans après le début du conflit, celui-ci semble prendre une nouvelle tournure. De nouveaux affrontements ont éclaté en janvier entre milices rivales arabes près des mines d'or de Jebel Amir, dans le Darfour-Nord.

« Ces affrontements s'incrivent dans une évolution du conflit, observe Jean Baptiste Galopin. Les attaques qu'on a vues depuis janvier entre les tribus Rezeigat et Ben Hussein se sont concentrées autour d'une région riche en or. Nous avons reçu de multiples témoignages directs, de victimes et d'habitants de la région, qui nous ont indiqué que les forces gouvernementales ont été impliquées dans cette violence. Des témoins nous ont également indiqué que les forces, à majorité Rezeigat, responsables des attaques contre les villages Ben Hussein, étaient dotées d'armes lourdes, normalement inaccessibles aux populations civiles de cette région, bien que beaucoup d'entres elles disposent d'armes légères. Ce sont des signes qui nous montrent que les forces qui sont affiliées au gouvernement ont été impliquées dans ces attaques. »

Les combats ont fait plus de 500 morts et 150.000 déplacés. Ils surviennent alors que les autorités tentent de renforcer le contrôle sur l'attribution des licences d'exportation de l'or.