Darfour : le président du Soudan doit rendre des comptes, dit Mme Clinton

Par David Mckeeby

America.gov, 06 Mars 2009

Après que la Cour pénale internationale eut délivré un mandat d'arrêt à l'encontre du président du Soudan, M. Omar el-Béchir, pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité, la secrétaire d'État, Mme Hillary Clinton, a préconisé le calme et réaffirmé l'engagement des États-Unis en faveur de la paix, de la justice et de la sécurité dans ce pays, qui est le plus grand d'Afrique.

« Les pouvoirs publics et les particuliers qui soit commettent soit laissent faire des atrocités de toutes sortes, comme celles que nous observons depuis des années au Soudan, doivent être tenus responsables. Nous espérons qu'il n'y aura pas d'accroissement des actes de violence de la part du gouvernement de Khartoum », a dit Mme Clinton à la presse le 4 mars.

Quelques heures auparavant, la Cour pénale internationale située à La Haye avait délivré un mandat d'arrêt à l'encontre du président el-Béchir. Ce mandat énumère sept chefs d'accusation, dont deux relatifs à des crimes de guerre et cinq ayant trait à des crimes contre l'humanité sous la forme d'attaques contre des civils pendant la campagne lancée de 2003 à 2008 contre des groupes de rebelles au Darfour.

Dans le communiqué de presse diffusé à ce sujet, la Cour pénale internationale déclare que le président el-Béchir « est soupçonné d'être pénalement responsable, en tant que coauteur indirect ou qu'auteur direct, d'attaques intentionnellement dirigées contre une importante partie de la population civile du Darfour, de meurtres, d'actes d'extermination, de viol, de torture ainsi que de transfert forcé d'un grand nombre de civils et de pillage de leurs biens ».

Selon l'ONU, au moins 300.000 personnes ont été tuées au cours de ce conflit et 2,7 millions d'autres ont été chassées de leurs foyers. De hauts responsables des États-Unis et de nombreux autres pays ont qualifié de génocide les mesures prises par le gouvernement soudanais. Le crime de génocide ne figure pas dans le mandat d'arrêt, mais les juges de la Cour pénale internationale ont indiqué que si l'on venait à recueillir de nouveaux éléments de preuve, il serait possible de modifier le mandat d'arrêt afin d'y inclure ce crime.

Pour sa part, la représentante permanente des États-Unis auprès de l'ONU, Mme Susan Rice, a déclaré, le 4 mars : « Ceux qui ont commis des atrocités au Soudan, dont le génocide, doivent être traduits en justice (…) La population soudanaise a souffert beaucoup trop longtemps. »

Les États-Unis sont le pays qui apporte l'aide la plus importante au Soudan. Cette aide, qu'il s'agisse de l'aide humanitaire, de l'aide au développement, au maintien de la paix et de la reconstruction, représente plus de 5 milliards de dollars. En outre, Washington soutient activement la mission de médiation de l'ONU et de l'Union africaine au Darfour ainsi que l'application de l'accord général de paix de 2005 qui a mis fin à la longue guerre civile entre le nord et le sud du Soudan.

Le gouvernement soudanais a rejeté le mandat d'arrêt de la Cour pénale internationale. Il a orchestré de grandes manifestations et ordonné l'expulsion du personnel d'au moins dix grands organismes étrangers de secours qui apportaient une aide aux 2,7 millions d'habitants déplacés du Darfour.

Alors qu'il reste à savoir si le Soudan remettra à la Cour pénale internationale M. el-Béchir, le premier président en exercice à avoir fait l'objet d'un mandat d'arrêt d'une cour internationale, de hauts responsables américains ont demandé instamment au gouvernement soudanais et aux groupes de rebelles de faire preuve de retenue. « Nul ne doit se servir de la décision de la Cour pénale internationale comme prétexte pour inciter à la violence ou pour commettre des actes de violence contre des civils et contre le personnel d'organismes internationaux », a déclaré Mme Susan Rice.

Récemment le président Obama a exprimé son soutien au Darfour lors d'un entretien avec l'acteur George Clooney, qui s'est fait le champion de la protection de la population du Darfour et de négociations visant à mettre fin à la crise humanitaire au Soudan. À la suite de cet entretien, la Maison-Blanche a diffusé, le 24 février, sur son site Internet un communiqué de presse indiquant que le président et le vice-président avait donné l'assurance à M. Clooney que l'apport de secours au Darfour constituait une question prioritaire pour le gouvernement des États-Unis.

« La Cour pénale internationale a délivré un mandat d'arrêt après une très longue enquête (…) Si le président el-Béchir estime que les chefs d'accusation de ce mandat sont erronés, il peut certainement les contester », a fait remarquer Mme Clinton.