Le génocide se poursuit au Darfour

Angélique Mounier-kuhn

Le Temps, 05 Décembre 2008

SOUDAN. Le procureur de la CPI devant l'ONU.

Ce n'est pas parce que la crise du Darfour accapare moins les médias et que Khartoum a lancé ces derniers mois une offensive diplomatique pour redresser son image que la situation s'améliore dans cette province de l'ouest du Soudan.

«Le génocide se poursuit», martèle au contraire Luis Moreno-Ocampo. Le procureur de la Cour pénale internationale (CPI) soumettait mercredi au Conseil de sécurité des Nations unies son huitième rapport semestriel sur le Darfour, le premier depuis qu'il a accusé, en juillet dernier, le président soudanais, Omar al-Bachir, de crimes de guerre, crimes contre l'humanité et de génocide. Il avait alors demandé aux juges de la Chambre préliminaire de la CPI d'émettre un mandat d'arrêt. Presque quatre mois plus tard, ces derniers n'ont toujours pas rendu leur décision. En octobre, ils ont requis du procureur des «éléments supplémentaires» confidentiels. Ces éléments leur ont été transmis le 18 novembre. «Les juges sont en train de les étudier et n'ont donné aucune indication sur le temps qu'il leur faudra pour rendre leur décision», indique une porte-parole de la CPI.

Attaques et embuscades

«Au Darfour, sur une longue période, le président al-Bachir a élaboré une politique consistant à détruire trois groupes ethniques qu'il considérait comme des menaces, les Four, les Massalit et les Zaghawa», réaffirme Luis Moreno-Ocampo dans son rapport à l'ONU. Des «crimes continuent d'être commis au Darfour», insiste-t-il. Il fait également état des attaques ayant visé la force conjointe ONU-Union africaine (Minuad) - 15 entre mai et juillet - des embuscades tendues aux convois humanitaires et des bombardements persistants de Khartoum sur les zones civiles.

Le rapport du procureur fait écho à celui publié mardi par un collectif d'ONG qui déplore de la détérioration de la situation humanitaire et sécuritaire au Darfour et questionne la sincérité du cessez-le-feu prononcé unilatéralement par Khartoum le 12 novembre passé. Deux jours plus tôt, John Holmes, le responsable de l'ONU pour la situation humanitaire, avait lui aussi souligné «l'aggravation de la situation dans les camps (de déplacés)».

Enfin, Luis Moreno-Ocampo a regretté que les mandats d'arrêt délivrés par la CPI en avril 2007 à l'encontre de deux responsables soudanais, Ahmad Harun et Ali Kushayb, n'aient pas encore été exécutés. Il appelle les Etats membres du Conseil de sécurité à prendre des «sanctions» à l'encontre des personnes et groupes aidant les accusés à se soustraire à la justice.