Darfour : la paix signée, avec des réserves

Le Figaro

Le Figaro , 05 Mai 2006

La principale faction rebelle du Darfour a accepté l'accord négocié sous l'égide de l'Union africaine, après avoir dans un premier temps quitté la table des discussions. Les deux autres groupes rebelles de la région soudanaise ont eux annoncé vendredi matin qu'ils ne signeraient pas le plan soumis lors des pourparlers avec le gouvernement de Khartoum.

Abuja, la capitale nigériane, qui accueille les négociations entre rebelles et gouvernement soudanais pour régler le conflit du Darfour, a vécu vendredi une journée d'incertitudes. Après une rupture brutale des négociations au petit matin, le gouvernement soudanais et la principale faction rebelle du Darfour, le Mouvement/armée de libération du Soudan (ALS), dirigée par Mini Minawi, ont signé l'accord de paix , préparé par la médiation de l'Union Africaine et la communauté internationale.

«Minni Minawi a accepté de signer l'accord de paix, bien qu'il ait exprimé des réserves sur le partage du pouvoir», déclarait le porte-parole de l'Union africaine. En revanche, Abdelwahid Muhamed El Nur, qui dirige la faction minoritaire de l'ALS, a quitté la table des négociations en déclarant: «Nous n'allons pas signer». Un peu plus tôt, Ahmed Tugod, négociateur pour le Mouvement pour la justice et l'égalité (MJE), avait expliqué que les discussions achoppaient principalement sur l'exigence des rebelles d'obtenir le poste de second vice-président.

«Nous avons décidé de ne pas le signer tant que des changements ne seront pas faits». Une position confirmée après l'annonce de la signature par l'ALS de Mini Minawi. Le porte-parole de ce dernier déclare la nécessité de l'unité de la rébellion. «Nous devons nous asseoir avec les autres pour discuter».

«Le moment pour leurs dirigeants d'avancer et d'aider leur peuple»
«Nous avons fait comprendre aux rebelles que les gens meurent là-bas. Il faut qu'ils y pensent. C'est le moment pour leurs dirigeants d'avancer et d'aider leur peuple», a-t-il déclaré Robert Zoellick, le sous-secrétaire d'Etat américain, avant de lâcher : «Il y a de grandes occasions que de bons dirigeants peuvent saisir, mais c'est la direction de ces mouvements qui pose problème». En début d'après-midi, Zoellick montait la pression d'un cran: l'accord fait «obligation à Khartoum de désarmer les Djandjawid», ces milices utilisées par le gouvernement pour répandre la terreur dans la province.

Une pierre dans le jardin des mouvements rebelles, auquel Zoellick adresse un autre message, celui de la normalisation. Il est temps «de conmmencer le processus d'intégration» de leurs troupes dans les forces de sécurité du Soudan, a précisé l'envoyé américain, avant de conclure : «l'accord crée aussi des opportunités politiques, donc les gens vont devoir décider s'ils veulent en faire partie ou non».

Le projet en passe d'être accepté a été mis au point avec l'aide de la diplomatie américaine. Il prévoit notamment l'intégration d'au moins 4.000 combattants des forces rebelles dans les rangs de l'armée soudanaise, et d'un millier d'autres dans la police. Mais la principale revendication des rebelles sur le statut du Darfour n'est toujours pas entendue.

Ils réclament la réunion en une seule entité de cette zone frontalière du Tchad d'environ 500.000 km2 carrés et six millions d'habitants, actuellement découpée en trois régions.

- La pression de la communauté internationale

Parallèlement aux efforts des partenaires internationaux (Etats-Unis, Grande-Bretagne, France, Canada, Ligue Arabe, Erythrée, Union européenne et Libye), l'UA avait organisé jeudi soir un «mini-sommet» exclusivement consacré à la question du Darfour. Le président en exercice de l'UA, le Congolais Denis Sassou N'Guesso, le président de la Commission de l'Union, le Malien Alpha Oumar Konaré, et le président nigérian Olusegun Obasanjo participaient à cette réunion, ainsi que Robert Zoellick et le ministre britannique du développement international, Hilary Benn.

Jeudi, la présidence autrichienne de l'Union européenne (UE) avait pressé les rebelles de signer l'accord de paix, jugeant «irresponsable» un éventuel refus. De son côté le secrétaire général adjoint de l'Onu pour les affaires humanitaires, Jan Egeland, a rappelé la catastrophe humanitaire du Darfour, alors que les violences contre les populations civiles n'ont pas cessé.

«Les populations du Darfour ont un besoin urgent d'aide humanitaire, mais bien plus, elles ont besoin de la paix, pas seulement d'un papier à Abuja, mais d'un accord appliqué sur le terrain jusque dans chaque village», insistait-il. Depuis trois ans, le conflit du Darfour et la crise humanitaire ont fait de 180.000 à 300.000 morts et 2,4 millions de déplacés et réfugiés.