Elizabeth Byrs. «La situation empire au Darfour»

Par Michel Beuret

Hebdo.ch, 11 Septembre 2008


L’insécurité depuis début 2008 rend le travail des humanitaires presque impossible, selon la porte-parole de l’Office des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA) à Genève.

Quelle est la situation humanitaire au Darfour aujourd’hui?
Elle est très préoccupante. Le niveau d’insécurité dans les premiers mois de 2008 a atteint un niveau très important, surtout au nord du Soudan.

La situation était déjà très grave. Est-elle pire?
Oui. Depuis le début de l’année, 185 véhicules humanitaires ont été détournés, dont plusieurs camions du Programme alimentaire mondial (PAM). Pour la même période, nous dénombrons 91 attaques contre des centres humanitaires qui ont fait 10 morts. Les soldats de la mission conjointe ONU-UA au Darfour (Unamid) déplorent eux aussi cette recrudescence de violence (8 morts et 22 blessés en juillet). Les agences des Nations Unies sont souvent amenées, pour préserver leur propre sécurité, à interrompre la distribution de l’aide.

Quel est le bilan de ce conflit?
Il y a 4,3 millions de victimes qui ont besoin d’assistance, dont 2,4 millions de déplacés internes. Et l’exode s’accélère. On dénombre 200 000 nouveaux déplacés au cours des six premiers mois de 2008.

Quelle est la réponse humanitaire?
Il s’agit de la plus grosse opération humanitaire de l’ONU et, à ce que je sais, de la plus grande jamais organisée. Elle compte 17 000 travailleurs sur le terrain, dont 900 membres du personnel international, 17 agences de l’ONU, 80 ONG internationales plus le CICR, ainsi que 120 ONG soudanaises. Cette opération, rien qu’au Darfour, coûte un milliard de dollars par an.

Avec tous ces moyens, comment se fait-il que les choses ne s’améliorent pas?
L’OCHA est le bras humanitaire du secrétaire général de l’ONU. Elle coordonne la réponse humanitaire. De ce fait, nous sommes neutres et apolitiques. Mais tout ne dépend hélas pas que des humanitaires. Depuis plusieurs années, l’ONU fait des efforts dans les négociations à tous les niveaux. L’objectif est l’arrêt des hostilités, le cessez-le-feu. Le problème dans ces négociations est de trouver un porte-parole commun pour tous les groupes armés. Les choses se compliquent encore si l’on sait que ce processus politique doit inclure aussi le Tchad et le Soudan.

L’inculpation par la Cour pénale internationale (CPI) du président soudanais Omar al-Bachir, a-t-elle eu une incidence – positive ou négative – sur le travail des humanitaires?
La CPI est une entité indépendante, avec un mandat distinct de celui des Nations Unies. Notre travail à nous est humanitaire et, en ce qui nous concerne, ce travail se poursuit quels que soient les aspects politiques ou judiciaires. Nous estimons que le gouvernement soudanais doit faciliter nos opérations sur place.

Avez-vous l’impression d’être entendus?
C’est un travail de longue haleine. Nous avons déjà attiré l’attention des autorités soudanaises sur les tracasseries bureaucratiques. Et nous leur expliquons pourquoi il faut faciliter la distribution de matériel humanitaire. Ce que nous demandons c’est un accès sans restriction aux populations pour leur distribuer les services de base et augmenter la capacité des ONG nationales sur place.

Enregistrez-vous des progrès malgré tout?
Nous avons réussi à réduire de 50% le taux de mortalité infantile depuis 2004. De même que le taux global de malnutrition de 2004 à 2006. Actuellement, 75% des personnes touchées par le conflit ont accès à l’eau potable. Il y a des efforts dans ce sens et 74% des enfants sont vaccinés contre la rougeole. Mais nous craignons que tous ces acquis disparaissent du fait de l’insécurité actuelle qui limite l’accès aux populations et notre faculté de surveillance et d’évaluation.