Le Darfour attend toujours un accord de paix

Patrick De Saint-exupéry

Le Figaro, 03 Mai 2006

Les négociations engagées au Nigeria se prolongent. Les désaccords persistent entre les groupes rebelles et les représentants de Khartoum.

Après trois ans d'un long et violent conflit, peut-être une lueur d'espoir. Mais, nonobstant quelques signes encourageants, rien n'était encore joué hier et les négociations de paix sur le Darfour engagées à Abuja (Nigeria) semblaient devoir se prolonger pour un à deux jours.

Enjeu des discussions en cours : la signature d'un accord de paix entre Khartoum et les mouvements rebelles du Darfour. Dans un premier temps, les parties en conflit devaient se prononcer sur l'accord avant le 30 avril à minuit. Les deux principaux groupes rebelles ayant, in extremis, annoncé leur refus, tandis que Khartoum faisait part de son acceptation du texte, les négociations – menées sous les auspices du chef de l'Etat nigérian, Olusegun Obasanjo, du président en exercice de l'UA, le Congolais Denis Sassou N'Guesso, et du président de la Commission de l'UA, Alpha Omar Konaré – ont été prolongées au moins jusqu'à aujourd'hui.

- Délégation américaine de haut rang

Loin de renoncer, la communauté internationale et l'Union africaine (UA) se sont entendues pour maintenir une forte pression. Une délégation américaine de haut rang, conduite par le numéro deux du Département d'Etat, Robert Zoellick, est ainsi arrivée dans la nuit de lundi à Abuja. Peu après, le ministre britannique du Développement international, Hilary Benn, débarquait à son tour dans la capitale administrative du Nigeria. Hier, enfin, le ministère français des Affaires étrangères annonçait avoir dépêché à Abuja un envoyé spécial, l'ambassadeur Henri de Coignac, chargé de «soutenir les efforts de la médiation de l'Union africaine» que Paris appuie «sans réserves».
Washington est, de loin, la capitale la plus en pointe sur le dossier du Darfour. Pour les Etats-Unis, la politique de répression et de déplacement de population dans la province soudanaise s'assimile à un «génocide», une qualification qui n'a pas été admise par une commission d'enquête de l'ONU ayant préféré retenir les griefs de «crimes contre l'humanité» et de «crimes de guerre» à l'encontre de Khartoum.

Le président George Bush est intervenu à plusieurs reprises sur le dossier et lors d'une récente conversation téléphonique avec le président soudanais, Omar el-Béchir, ce dernier lui aurait fait part de sa détermination de parvenir à un accord de paix.

Dimanche dernier, alors que des dizaines de milliers de manifestants accompagnés de plusieurs vedettes défilaient à Washington aux cris de «Sauvez le Darfour, maintenant», la secrétaire d'Etat américaine, Condoleezza Rice, avait pointé du doigt l'attitude de la Chine et de la Russie , soupçonnées de préserver, aux noms de leurs intérêts, les autorités soudanaises menacées de sanctions.

La guerre qui oppose depuis trois ans au Darfour des mouvements rebelles africains aux milices arabes de Khartoum, surnommées les «Djandjawids», a fait plus de 180 000 morts et deux millions de déplacés. Ce conflit, ayant peu à peu pris une ampleur régionale, menace également d'emporter le Tchad dans la tourmente.