BAN RENVOIE LES DEUX CAMPS DOS À DOS

Version Française Natacha Crnjanski

Reuters, 19 Avril 2008

Ban Ki-moon se dit extrêmement déçu par la situation au Darfour

Le secrétaire général de l'Onu Ban Ki-moon a exprimé dans un rapport rendu public mercredi son extrême déception face au manque de progrès dans la résolution du conflit au Darfour, et a accusé les deux camps de manquer de volonté politique.
Dans son dernier rapport sur le déploiement d'une force de maintien de la paix de l'Onu et de l'Union africaine au Darfour, Ban déplore qu'au Soudan tant le gouvernement que les groupes rebelles soudanais n'aient pas réussi à cesser les combats, à coopérer avec les soldats de maintien de la paix et à préparer le terrain pour des négociations de paix.

"Les parties semblent déterminées à rechercher une solution militaire; le processus politique a calé; le déploiement de la Minuad (la force de maintien de la paix) progresse très lentement (...) et la situation humanitaire ne s'améliore pas", ajoute-t-il.

"Le principal obstacle est le manque de volonté politique, parmi toutes les parties, de rechercher une solution pacifique à la crise du Darfour", poursuit Ban. "Je suis extrêmement déçu du manque de progrès sur tous les fronts."

Cette évaluation pessimiste de la situation par le secrétaire général de l'Onu porte sur les trois mois qui se sont écoulés depuis que la Minuad a pris le relais, le 1er janvier, d'une force uniquement composéd de soldats de l'UA, pour tenter de mettre fin au conflit qui ravage depuis cinq ans cette région de l'ouest du Soudan.

BAN RENVOIE LES DEUX CAMPS DOS À DOS

Des forces gouvernementales, des milices alliées au gouvernement et des groupes rebelles sont impliqués dans ce conflit.

La force de maintien de la paix de l'Onu devrait à terme compter 26.000 soldats et policiers, mais au 26 mars seuls 9.200 hommes étaient déployés.

Des désaccords persistent entre les Nations unies et le gouvernement du Soudan sur la nationalité des soldats qui peuvent être déployés et sur leurs règles d'engagement.

Les négociations de paix se sont ouvertes en Libye en octobre dernier en l'absence de plusieurs groupes rebelles influents et ont rapidement été ajournées sans que de réels progrès aient été réalisés.

"Le recours à la force militaire par les parties a assombri le processus politique et créé un environnement dans lequel la perspective de négociations s'est éloignée encore un peu plus", conclut Ban dans son rapport.

Si le gouvernement soudanais a dit vouloir une solution pacifique, ses récentes actions militaires contre les rebelles dans l'ouest du Darfour étaient "fondamentalement en contradiction" avec la création d'un climat favorable, estime-t-il encore.

Ces opérations ont entraîné des tueries aveugles et autres graves violations des droits de l'homme, ajoute-t-il, en imputant par ailleurs aux rebelles des détentions illégales et des tortures dont ont été victimes des civils.

Selon des experts internationaux, plus de 200.000 personnes ont été tuées et plus de deux millions d'autres chassées de chez elles par le conflit au Darfour. Khartoum affirme que ces chiffres sont exagérés, et avance pour sa part un bilan de 9.000 morts.