La Cour pénale internationale confirme les massacres au Darfour

Laurent D'ersu

La Croix, 16 Juin 2006

Dialogue de sourds à distance, mercredi, entre New York et Paris. Tandis que le procureur de la Cour pénale internationale (CPI) confirmait devant le Conseil de sécurité de l'ONU l'existence de « massacres, à grande échelle» commis au Darfour, le ministre des affaires étrangères soudanais minimisait l'ampleur des crimes commis depuis 2003 dans l'ouest du Soudan.

Dans son rapport au Conseil de sécurité, le procureur Luis Moreno Ocampo a affirmé que l'équipe d'enquêteurs de la CPI avait a recueilli des renseignements concernant des milliers d'accusations de meurtres de civils par les parties au conflit», y compris «des massacres à grande échelle avec des centaines de victimes dans chaque cas».

Le bureau du procureur a également relevé «des centaines de cas de viols», témoignant d'« une pratique endémique au sein de certains des groupes qui ont pris part au conflit».

Luis Moreno Ocampo souligne le caractère ciblé des attaques, qui ont visé principalement, trois groupes ethniques. Il n'oublie pas les «milliers de civils» morts à cause des pillages, des destructions et des obstacles mis à la distribution de l'aide humanitaire. Compétente à l'égard des crimes contre l'humanité, des crimes de guerre et du génocide, la CPI n'écarte pas qu'une « intention génocidaire particulière» ait pu habiter les auteurs des crimes - thèse défendue un temps par l'administration Bush - mais «cette question fait toujours l'objet d'enquêtes».

A l'égard du gouvernement soudanais, dont la responsabilité dans les tueries a été largement dénoncée par les organisations de défense des droits de l'homme, le procureur se montre extrêmement diplomate. Il démontre l'inertie du Tribunal spécial pour le Darfour, présenté par Khartoum comme une solution de substitution à la CPI mais qui n'a jugé pour l'essentiel que des auteurs de crimes mineurs. En revanche, il n'exprime aucun regret de ne pouvoir se rendre au Darfour, où «l'insécurité permanente empêche la conduite effective d'enquêtes», se contentant d'en prendre acte.

Cette attitude jugée conciliante (y compris au sein de la CPI ) laisse toute latitude au gouvernement soudanais de maintenir son discours traditionnel, répété au cours d'une visite officielle à Paris par Lam Akol, ministre des affaires étrangères: «Il y a eu une guerre au Darfour et toute guerre entraîne des souffrances humaines. Dire qu'il y a eu génocide n'est pas exact». Quant à l'accord de paix signé à Abuja (Nigeria) le 5 mai entre Khartoum et une partie des rebelles darfouriens, le ministre issu dé l'ex-rébellion sudiste a rappelé qu'il ne mentionnait pas la présence de casques bleus au Darfour. «Nous sommes disposés à discuter avec les Nations unies », a-t-il déclaré, mais dans le cadre de négociations au long cours dont il a détaillé les nombreuses étapes encore inaccomplies.