Aux Etats-Unis, le Darfour suscite une forte solidarité

Stéphanie Fontenoy

La Croix , 03 Mai 2006

La situation au Darfour est devenue un enjeu important pour l'opinion publique américaine. Une mobilisation lancée, à l'origine, par des organisations religieuses.

Le secrétaire d'Etat adjoint américain Robert Zoellick est arrivé hier tôt au Nigeria pour tenter d'arracher un accord dans les négociations de paix qui réunissent le gouvernement soudanais et les mouvements rebelles. Les Etats-Unis montrent ainsi leur sensibilité à un conflit qui mobilise une partie croissante de l'opinion publique américaine. Dimanche dernier, ils étaient plusieurs dizaines de milliers à manifester dans 17 villes du pays pour exiger davantage d'implication de leur pays afin de stopper les massacres. A Washington, entre 10000 et 15000 manifestants, accompagnés de quelques célébrités, ont brandi des pancartes sur lesquelles on pouvait lire « Plus jamais ça », en référence au génocide du Rwanda et à la Shoah.

Dans la multitude, les protestataires portaient la calotte, le turban, le foulard, la kippa la casquette de base-ball ou le bandana : ils étaient activistes religieux, étudiants des universités ou défenseurs des droits de l'homme. « L'activisme autour de la crise du Darfour vient en bonne partie d'un mouvement contre les persécutions antichrétiennes né au milieu des années 1990 », explique Allen Hertzke, spécialiste des rapports entre religion et politique étrangère américaine à l'Université d'Oklaoma. D'après lui, ce mouvement, lancé par les évangéliques, pèse sur le Congrès, qui a adopté en 1998 une loi faisant de la liberté de culte et de conscience un « objectif central » de la politique étrangère américaine. C'est dans ce contexte aussi qu'a été adoptée en 2002 une loi, le Sudan Peace Act , qui visait à faire pression sur Khartoum.

La coalition Save Darfur, qui a déjà fait parvenir un demi-million de cartes postales de sensibilisation au président Bush, regroupe 160 organisations, majoritairement religieuses, dans une mosaïque inattendue où se mêlent juifs libéraux et évangéliques conservateurs, défenseurs des droits de l'homme athées et militants de la droite chrétienne. Les Eglises évangéliques, actives auprès des chrétiens persécutés lors de la guerre dans le sud du Soudan, réaffirment ici leurs préoccupations pour des victimes qui sont, pour l'essentiel, des musulmans. Les associations juives dénoncent ce que le gouvernement Bush avait qualifié de génocide en septembre 2004. Enfin, les Eglises noires affichent leur solidarité envers une population africaine persécutée.

« L'administration cherche à donner une réponse à ce mouvement, partiellement en raison des revendications de l'électorat évangélique », affirme Allen Hertzke. Mais les analystes soulignent encore l'importante contribution des étudiants qui tentent d'attirer l'attention sur ce qui est considéré outre-Atlantique comme le premier génocide du XXI° siècle. « Les étudiants sont résolus à ne pas voir se répéter les échecs du gouvernement et des Nations unies qui n'ont pas pu empêcher le génocide au Rwanda », déclare Roberta Cohen, experte du Soudan à la Brookings Institution de Washington, un organisme de recherche indépendant. « Pour trouver une telle mobilisation chez eux, il faut remonter au mouvement anti-apartheid des années 1980 aux Etats-Unis.