Le cessez-le-feu vole en éclats dans l'Est du Tchad

Redaction

Afp, 26 Novembre 2007

Un mois après la signature d'un accord de paix, des combats ont fait voler lundi en éclats le cessez-le-feu entre l'armée tchadienne et les rebelles hostiles au président Idriss Deby Itno dans l'est du Tchad, où une force européenne tarde à se déployer.

Ces affrontements ont opposé les forces gouvernementales à l'Union des forces pour la démocratie et le développement (UFDD) entre Abou Goulem et Am-Zoer, localités situées à moins d'une centaine de kilomètres à l'est d'Abéché, la principale ville de l'est du Tchad. Ils ont cessé à la mi-journée.

"Les combats ont pris fin et la colonne rebelle a été détruite", a affirmé à l'AFP une source proche de la présidence tchadienne.

"Nous avons mis en déroute la soldatesque de Deby", a assuré pour sa part le secrétaire général de l'UFDD Abakar Tollimi.

Il a ajouté que les affrontements avaient fait "beaucoup" de victimes, sans dire dans quel camp. Selon des sources militaires, une soixantaine de blessés de l'armée ont été évacués sur Abéché.

Le président de l'UFDD Mahamat Nouri a accusé l'armée d'avoir "pris l'initiative de l'offensive". "Maintenant, le feu est parti, il n'y a plus de cessez-le-feu", a-t-il ajouté.

Après de premiers accrochages samedi, il s'agit des premiers combats d'envergure depuis avril entre rebelles et armée.

Comme souvent lorsque la situation est tendue, le président Deby s'est rapproché du front pendant le week-end en se rendant à Abéché, selon des sources concordantes.

L'UFDD, l'une des principales rébellions tchadiennes, est pourtant l'un des quatre groupes armés qui ont signé le 25 octobre à Syrte, en Libye, un accord de paix avec les autorités de N'Djamena.

Ce texte prévoyait un cessez-le-feu, l'entrée des rebelles au gouvernement, ainsi que leur cantonnement en vue de leur désarmement ou intégration dans l'armée. Mais un mois plus tard, aucune avancée n'a été enregistrée.

Dès vendredi, l'UFDD et une autre rébellion, le Rassemblement des forces pour le changement (RFC), accusaient ainsi N'Djamena de n'avoir rien fait pour appliquer l'accord et prévenaient que le cessez-le-feu serait caduc un mois après sa signature, soit dimanche 25 novembre.

A cette date, les "commandements" des deux groupes affirment avoir dû quitter leurs bases arrière au Soudan et rentrer au Tchad, à la demande du gouvernement soudanais.

Les modalités d'application des chapitres militaires de l'accord auraient dû faire l'objet de nouvelles discussions, prévues à Khartoum, mais, selon l'UFDD et le RFC, N'Djamena n'a pas envoyé de délégation. Le gouvernement tchadien assure le contraire.

"Le gouvernement a envoyé une délégation militaire, alors que ces groupes rebelles exigeaient une délégation politique", explique un responsable de la Concorde nationale tchadienne (CNT), un autre mouvement signataire de l'accord. "L'UFDD et le RFC cherchent le moindre prétexte pour retourner à la guerre", estime-t-il.

L'UFDD, le RFC et un troisième groupe, l'UFDD fondamentale, ont néanmoins affirmé lundi dans un communiqué commun vouloir "sauver" l'accord "dans l'unique but de sauvegarder des vies humaines".

Ce regain de tension intervient alors que l'Union européenne (UE) tarde à déployer sa force d'environ 3.500 hommes, dont les premiers éléments étaient initialement attendus en novembre dans l'est du Tchad et le nord-est de la Centrafrique.

L'Eufor Tchad-RCA doit sécuriser les camps de réfugiés du Darfour voisin (ouest du Soudan), en proie à une guerre civile. Mais faute de moyens aériens suffisants, le déploiement risque d'être reporté à janvier, selon des sources militaires européennes.