Les négociations, l’ultime issue

Karima Bennour

La Nouvelle Republique (algerie), 02 Novembre 2007

L’Union africaine et l’ONU ont convenu d’envoyer des émissaires auprès des autres factions soudanaises qui ne se sont pas déplacées samedi à la rencontre de Syrte sur le Darfour. Un déplacement traduisant l’approche adoptée par l’Union africaine et l’ONU. Pour rappel, l’envoyé spécial de l’UA, Salim Ahmed Salim, a déclaré à partir de Syrte : «Nous allons maintenant commencer le processus de planification de la marche à suivre», et au porte- parole de l’ONU, Ahmed Fawzi, de soutenir à propos de la rencontre de Syrte, que celle-ci a «permis de se mettre d’accord sur la poursuite des pourparlers et les contacts avec toutes les parties».

A cela s’ajoutent les propos tenus, à Juba, au Sud-Soudan, par des chefs rebelles représentant les six fractions absentes à Syrte, déclarant leurs dispositions à la reprise des discussions avec l’UA et l’ONU en vue d’arriver à «une véritable solution» du conflit. A la vue de ces nouveaux éléments, le processus de paix inter- soudanais semble franchir une nouvelle étape dont les appels à la persévérance dans le dialogue et les négociations et de consentir plus d’efforts sont émis de part et d’autre. Pour sa part, l’envoyé chinois a affirmé depuis Syrte que «les pays occidentaux devraient reconnaître la complexité du problème du Darfour», les invitant à «œuvrer pour une solution avec une approche pratique et réaliste».

Les envoyés de l’ONU, Jan Eliasson, et de l’UA, Salim Ahmed Salim, participent à des séances à huis clos depuis lundi avec la délégation soudanaise conduite par l’adjoint du président Omar El Bachir, à savoir par M. Nafie Ali Nafie, et les groupes soudanais présents, à propos desquelles, le porte-parole onusien a déclaré que «c’est une occasion en or pour parvenir à la paix au Darfour». Et d’ajouter : «Je pense que les parties à Syrte sont sérieuses et nous espérons que toutes les parties en conflit au Darfour rejoignent ces négociations.»
Des négociations qui s’inscrivent dans la durée, vu la complexité de la crise du Darfour, à propos de la quelle la SLA-Unité, non présente à Syrte, a fait savoir qu’elle aurait besoin d’un ou de deux mois pour réunir ses cadres et former sa délégation. Précisant par la même occasion : «Nous voulons avoir le temps de nous concerter et nous voulons que toutes les factions de la SLA s’unissent sous une seule direction et forment une délégation unique», a déclaré Addellah Yehya, chef de la SLA Unité.

Autres propos accentuant la tension du dialogue inter-soudanais et loin de traduire la démarche de l’ONU et de l’UA sont ceux du Premier ministre Britannique, Gordon Brown Bran, disant la menace de sanctions accrues, faute de progrès pertinents dans ces pourparlers en cours. Gordon a déclaré : «Je vais demander aux Nations unies d'accélérer le déploiement des forces de paix de l'Union africaine et de l'ONU au Darfour», en précisant «mais bien sûr si les parties en présence ne parviennent pas à un cessez-le-feu, il est possible que soient imposées de nouvelles sanctions contre le gouvernement soudanais». Pour rappel, la force hybride ONU-UA dont le déploiement est prévue d’ici à la fin de l’année, selon la résolution du Conseil de sécurité du 31 juillet dernier.

Une résolution entérinant cela adoptée par le Conseil de la paix et de la sécurité de l’UA et dont la composante africaine de la force hybride a été retenue.
Et à propos de cette composante, il est utile de rappeler que les propos tenus par le porte-parole du département d’Etat, Sen MC Cormack, estimant il y a de cela quelques mois qu’il serait «très difficile» aux pays africains de fournir suffisamment d’hommes pour la force hybride en question.

Ceci vient pour compliquer la traduction de la résolution onusienne et les accords ONU -UA et gouvernement soudanais, mettant l’accent sur la composition de la force hybride par une majorité africaine. A ce propos d’ailleurs, Ali Al Sadik, porte-parole du ministre soudanais des Affaires étrangères, a déclaré, samedi, que seules «les troupes du génie de cette force viendraient de Thaïlande et de Chine», et de préciser que «le Soudan ne s’intéresse pas aux pays qui n’ont pas été mentionnées dans l’accord». Ledit accord, pour rappel, a été conclu en juin dernier à Addis Abeba, selon lequel la plupart des 26 000 militaires de la force hybride pour le Darfour proviendront de pays africains.

En plus du dialogue intersoudanais sous la supervision des deux institutions onusienne et africaine qui s’annonce difficile pour cette nouvelle phase, d’autres questions tout aussi déterminantes pour le devenir du Soudan sur fond de la crise du Darfour sont au cœur du défi à relever par l’ensemble des Soudanais, l’ONU et l’UA garantissant l’enracinement du processus de paix dans cette parti du monde.