Le gouvernement soudanais pousse les civils à quitter les camps de réfugiés

Redaction

Ap, 02 Novembre 2007

Nouvelles inquiétudes au Darfour. Khartoum accroît actuellement sa pression sur les civils de cette région de l'ouest du Soudan pour qu'ils quittent les camps où ils s'étaient réfugiés afin d'échapper aux violences. Selon les Nations unies, le gouvernement a même évacué certains réfugiés par la force dans des camions ces derniers jours.

Les autorités soudanaises assurent pourtant qu'elles ne forcent personne à partir, mais qu'elles veulent encourager les réfugiés à rentrer dans leurs villages, parce que les camps sont devenus trop peuplés, trop sordides et trop dangereux. Les camps rendent aussi les réfugiés trop dépendants de l'aide humanitaire, selon les autorités.

Mais cette semaine, des responsables de l'ONU ont affirmé détenir des preuves montrant que les forces gouvernementales avaient chassé des réfugiés d'au moins un camp, Otash, où vivent environ 60.000 personnes en lisière de capitale régionale du Darfour-Sud, Nyala.

Là, selon John Holmes, chargé des affaires humanitaires pour l'ONU au Darfour, "étant donné que les forces de sécurité menaçaient les déplacés à coups de bâtons et nerfs de boeuf (...), la nature involontaire de ce déménagement est claire". Selon lui, une telle pratique va à l'encontre des accords de l'ONU avec le Soudan.

Dix camions ont emmené les réfugiés, a-t-il précisé. Les responsables de l'ONU et les travailleurs humanitaires se sont vus refuser l'entrée du camp dans un premier temps, avant de pouvoir s'y rendre. Ils ont alors constaté que les affaires de femmes et d'enfants avaient été chargées dans huit gros camions, selon M. Holmes.

La plupart des réfugiés reconnaissent que la situation n'est pas bonne dans les camps, mais ils disent n'avoir pas d'autre endroit où aller, parce que leurs villages restent trop dangereux en raison des affrontements entre rebelles et forces gouvernementales.

"Pensez-vous que l'on aime vivre ici? Pensez-vous qu'on ait le choix?", affirmait récemment Husseina Mukhtar, réfugiée à Otash, à un moment où la pression de Khartoum était déjà intense.

On ignore pour l'instant l'ampleur de cette pratique, mais les autorités soudanaises font pression pour que tous les camps ferment au Darfour, y compris ceux qui se trouvent au nord et à l'ouest.

L'Organisation internationale des migrations (OMI), qui s'occupe des mouvements de réfugiés, estime qu'environ 20.000 réfugiés sont rentrés chez eux. Mais Gerard Waite, coordinateur pour le Darfour, explique que ces chiffres sont difficiles à vérifier, en raison des difficultés d'accès aux camps. Selon lui, la population totale dans les camps reste à peu près stable en raison de 170.000 nouvelles arrivées cette année.

Environ 209.000 réfugiés sont déjà rentrés chez eux dans le sud du Darfour, affirme pour sa part Jamal Youssef, secrétaire général de la puissante Commission des affaires humanitaires, qui contrôle les accès humanitaires aux camps pour le gouvernement soudanais. "Les retours ont commencé dès 2004. Nous ne renvoyons personne par la force", a-t-il affirmé récemment dans une interview.

"Les camps témoignent en défaveur de notre gouvernement, ils veulent donc qu'ils disparaissent avant que tout le monde puisse les voir", explique Mohamed Ali, avocat travaillant pour le centre Amel, une organisation des droits de l'homme soudanaise, qui fournit un soutien juridique aux réfugiés dans la région de Nyala.

Avec d'autres, il donne d'autres exemples de pressions, notamment au camp de Kalma, où l'on a enregistré 47 arrestations arbitraires de chefs communautaires parmi les réfugiés depuis août, et neuf cas récents de viols.

Certaines ONG affirment que le gouvernement veut vider les camps avant janvier, et le déploiement d'une force de maintien de la paix ONU-Union africaine de 26.000 hommes au Darfour, pour remplacer la force de l'UA qui s'y trouve actuellement.

Plus de 200.000 personnes ont été tuées au Darfour depuis le début du conflit en 2003. En plus des deux millions de personnes qui ont fui les combats mais sont restées au Darfour, 240.000 autres ont franchi les frontières vers le Tchad et la République centrafricaine.