Syrte largement compromis

Redaction

Afrique Centrale Info , 26 Octobre 2007


En décidant de boycotter les négociations de paix de samedi à Syrte, en Libye, sept factions rebelles du Darfour ont compromis les chances de succès de ce rendez-vous longuement préparé par l'ONU et l'Union africaine dans le but d'établir la paix dans l'ouest du Soudan. La décision prise à Juba, capitale du semi-autonome du sud Soudan, actuellement en tension avec le nord, est lourde de conséquences pour l'avenir du Darfour, région sous développée et en proie depuis février 2003 à une guerre civile.

Au bout de deux semaines de consultations destinées à forger une plate-forme minimum commune pour aborder les négociations, ces factions ont finalement dit non, dans les conditions actuelles, aux pourparlers de paix.

"Nous ne voulons pas d'une autre Abuja", a expliqué mercredi l'un des chefs rebelles impliqué dans ces discussions, Jar al-Nabi Abdel Karim, qui semblait pourtant favorable à la négociation il y a encore deux semaines.

Ce chef rebelle du nord du Darfour faisait référence aux négociations d'Abuja, au Nigeria, au terme desquelles seul un groupe rebelle sur trois avait signé un accord de paix en 2006, sans donner de stabilité à la région.

Il a invoqué les attaques continuelles des forces gouvernementales et de leurs supplétifs, les miliciens arabes des Janjawids, et le manque de temps pour arriver à une position unifiée des rebelles.

Selon lui, il est inexact de dire que les sudistes ont instrumentalisé la rencontre de Syrte pour en faire un moyen de pression dans leur dispute avec le Parti du congrès national (PCN) du président Omar el-Béchir.

Ce dernier a proclamé mardi devant le Parlement sa volonté de "faire réussir les négociations", un de ses conseillers, Moustafa Osmane Ismaïl ayant assuré qu'elles "auront lieu à la date prévue". La délégation de Khartoum sera conduite par le conseiller présidentiel Nafie Ali Nafie.

Mais il a dit soupçonner le Mouvement de libération du peuple du Soudan (SPLM - sudiste) d'"avoir cherché à torpiller les négociations de Syrte" après sa dispute avec le PCN.

Un chef rebelle, Issam al-Haj, a ouvertement dit mardi que les factions n'iraient pas en Libye parce qu'elles "considèrent que le gouvernement n'a pas la légitimité nécessaire pour négocier", après la suspension du SPLM de sa participation au cabinet dit d'union nationale.

Six de ces factions viennent de scissions du Mouvement/Armé de libération du Soudan (SPLM/A) dont l'un des chefs historique, Abdel Wahed Mohammed Nour, exilé en France, a toujours rejeté les négociations de Libye.

Un autre groupe, le Mouvement pour la justice et la liberté (JEM) de Khalil Ibrahim, présent aussi à Juba, a annoncé mercredi sur son site avoir pris la même décision de boycottage, en consultation avec les six factions.

Une seule faction présente à Juba, celle de Khamis Abdallah Bakr, a indiqué son intention d'aller négocier alors que d'autres, comme le SLA-Unité, n'ont pas encore annoncé de décision claire.

Lors d'un déplacement à Khartoum mardi, le président de la Commission de l'Union africaine, Alpha Oumar Konaré, a dit avoir constaté la détermination de M. Béchir à faire aboutir les négociations de Syrte.

Il a souhaité la même détermination de la part des rebelles, déclarant que "c'est le temps de la paix, le moment de la paix et nous ne pouvons plus perdre de temps (...) compte tenu des dégâts".

La guerre et ses conséquences ont fait 200.000 morts et plus de 2 millions de déplacés, selon des organisations internationales, ce que conteste Khartoum qui parle de 9.000 tués seulement.

L'argument de la nécessité de mettre fin aux souffrances des civils du Darfour a été au centre du discours des émissaires de l'ONU et de l'UA, Jan Eliasson et Salim Ahmed Salim, qui ont préparé des mois durant les négociations.