Le temps du châtiment

Cameroun Tribune (yaoundé)

Cameroun Tribune (yaoundé) , 13 Juin 2006

Contrairement aux rumeurs qui ont circulé, ces derniers jours, laissant croire que les casques bleus avaient finalement obtenu l'autorisation soudanaise de se déployer au Darfour, il n'en est rien.
En réalité, Khartoum a opposé une fin de non-recevoir à cette demande. Les autorités soudanaises ont clairement laissé entendre dimanche à la délégation conjointe ONU/UA qui séjourne au Soudan depuis une semaine, en des termes très diplomatiques certes, que l'accord de paix d'Abuja du 5 mai ne prévoyait pas de rôle pour l'ONU. Selon Khartoum, le seul rôle de l'Onu dans cette affaire est d'aider l'Union Africaine à mener à bien sa mission dans cette province de l'Ouest soudanais en proie à un véritable génocide depuis février 2003.
Ce génocide que certains observateurs qualifient plutôt de " nettoyage ethnique ", a déjà causé la mort d'un demi million de personnes en moins de trois ans. C'est justement parce que les 7000 soldats de l'Union africaine se sont montrés incapables de mener à bien leur mission de pacification de la région, qu'il a été fait appel aux Casques bleus de l'Onu. Ceux-ci, plus nombreux et mieux armés, devraient donc prendre le relais de la force de l'UA dont le mandat expire d'ailleurs le 30 septembre prochain. Comment convaincre le gouvernement soudanais que les Casques bleus ne représentent en rien une force d'invasion et d'occupation comme le redoutent certaines autorités du pays ? ou encore qu'il n'y a pas de " tentative occidentale de recolonisation du pays " ? C'est ce qu'une délégation de l'ONU arrivée lundi 5 juin dernier à Khartoum s'efforce de faire. Mais les préjugés ont la vie dure , et il faudra certainement encore attendre quelques jours, peut-être quelques semaines po ur savoir si Khartoum donnera ou non son feu vert.
De toute évidence, les autorités soudanaises redoutent l'arrivée des Casques bleus dans leur pays. A l'analyse, le prétexte avancé, à savoir la recolonisation occidentale du pays ne résiste pas à l'analyse, mais constitue une manoeuvre pour retarder le déploiement de soldats onusiens au Darfour. En revanche les autorités soudanaises ont raison de craindre que les troupes de l'ONU, leur mandat terminé, ne procèdent, comme cela s'est vu dans l'ancienne Yougoslavie avec Milosevic, ou plus près de nous au Liberia avec Charles Taylor, à l'arrestation des chefs de milices susceptibles d'être inculpés par la Cour pénale internationale pour crimes de guerre au Darfour.
Et Dieu seul sait s'il y a eu en trois ans des crimes de guerre au Darfour. Les autorités soudanaises elles-mêmes l'ont reconnu. Des villages entiers ravagés, des puits empoisonnés, le bétail abattu. Pis, près d'un demi million de personnes massacrées, des milliers de femmes violées, des incendies provoqués : une véritable politique de la terre brûlée a été pratiquée par le gouvernement pro-arabe de Khartoum envers les populations noires du Darfour. Ces crimes, quoi qu'il arrive, ne doivent pas rester impunis . Les responsables sont connus. Il ne reste plus qu'à les châtier. La mauvaise foi de Khartoum n'y pourra rien.