La nouvelle force de paix s'installe au Darfour

Stéphane Aubouard à Khartoum

La Croix, 26 Octobre 1993

Alors que doivent s'ouvrir demain des pourparlers sur le Darfour, la nouvelle force ONU-Union africaine commence son déploiement

Les premiers soldats de la nouvelle force de paix au Darfour sont arrivés lundi 23 octobre sur le terrain, à Nyala. Ce contingent de 800 soldats nigérians va bientôt être rejoint par un bataillon rwandais de 800 hommes, dont l’avant-garde était attendue jeudi. « Les 26 000 hommes seront déployés d’ici à l’été 2008 », assure le Congolais Rodolphe Adada, représentant conjoint de l’ONU et de l’Union africaine (UA) au Darfour.

À l’heure actuelle, les problèmes portent plutôt sur le niveau insuffisant de l’armement lourd. Selon le général français Pierre Roques, vice-président de la commission de cessez-le-feu au Darfour, les 30 hélicoptères – dont des hélicoptères d’assaut – initialement proposés par la Jordanie ne sont pas aux normes.

Il faudra donc, pour ces aéronefs comme pour tout armement lourd, négocier avec des pays africains ou encore des États non africains autorisés par le gouvernement soudanais à fournir des armes de ce type. Parmi les pays cités, le Pakistan, le Bangladesh, le Népal, l’Irlande ou encore les Pays-Bas.
Une implication totale au péril de leur vie

Les militaires de l’actuelle Mission de l’Union africaine au Darfour (Amis) seront intégrés dans la nouvelle force hybride en cours de formation et devraient donc troquer leurs casques verts contre des casques bleus. Leurs émoluments étaient prévus à la hausse. Le salaire moyen d’un soldat de l’Amis était jusqu’ici de 280 € par mois, il devait au moins doubler. Mais selon des sources internes à l’Amis, le salaire devrait finalement rester le même ou presque.

Pour Rodolphe Adada, l’arrivée de cette nouvelle force ne doit pas faire de l’ombre à la mission accomplie ces deux dernières années par les soldats de l’Amis. « Leur implication a été totale et aujourd’hui encore de jeunes hommes et de jeunes femmes continuent de travailler au péril de leur vie dans des conditions que personne n’accepterait ! »

Fin septembre, dix soldats de l’Amis avaient été tués lors de l’attaque de leur camp par des rebelles à Haskanita, dans le sud du Darfour. Le manque de moyens de cette force de 7 000 hommes venus de 26 pays avait été une nouvelle fois dénoncé.
L’argent est le nerf de la guerre

Dès le 1er novembre, les 6 000 casques verts déjà en place et les premiers bataillons de la nouvelle force auront un mandat différent, qui devrait les protéger de ce genre de drames. Sur ce point encore, Rodolphe Adada est catégorique : «Nous avons désormais un mandat pour nous protéger. Je ne parle pas d’offensives militaires mais de mouvements dissuasifs. Par exemple, nous allons avoir des forces aériennes. C’est une nécessité de nous protéger si nous voulons protéger les civils !»

Le changement en profondeur souhaité avec la venue de la force hybride semble se réaliser peu à peu. L’argent en est le nerf de la guerre. Le responsable de la force conjointe UA-UN en appelle à tout le monde : «Cette force hybride n’est pas l’apanage des seules Nations unies, nous avons besoin que tous les États s’investissent pour la paix au Darfour !»