Darfour, « la pauvreté, le désespoir et la mort » : le Vatican n’a pas gardé le silence.

Par Jérôme L.j. Di Costanzo, Correspondant à Londres Pour « Sauver Le Darfour »

Sld Angleterre, 29 Mai 2007

«Dieu est toujours dans le camp de ceux qui souffrent.» Jean-Paul II

Le 26 juillet 2004, de Castel Gandolfo, lors de l’Angélus, sa Sainteté le Pape Jean-Paul II avait dénoncé devant des milliers de personnes, la violence sévissant au Darfour, stigmatisant dans son discours « la pauvreté, le désespoir et la mort » régnant dans cette partie de l’Afrique. Il avait dépêché à l’époque, Mgr. Cordes président du Conseil Pontifical Cor Unum, dans l’Ouest du Soudan, pour visiter le camp de réfugiés de Nyala et pour rencontrer les responsables locaux. En cela, le Très Saint Père a été un des premiers « chef d’Etat » à alerter l’opinion internationale de la situation dramatique dans cette partie de L’Afrique.

Cela, c’était trois ans avant la mission Williams. Depuis sans relâche le Saint Siège a exhorté les nations et les organismes internationaux à réagir sur le Darfour.

Le Vatican n’a pas gardé le silence.

Comment aurait pu-t-il le garder, alors qu’il avait été témoin, il y a plus de 15 ans, depuis l’arrivée au pouvoir des gens d’Omar El Bechir à Khartoum, de l’entreprise de violence, de l’industrie de mort œuvrant dans le Sud Soudan à l’encontre des populations Animistes et Chrétiennes : 2 500 000 morts ! Une guerre civile ? Non, l’asservissement et le meurtre d’une population par un régime honnis de sa population.

Après un traité de paix sans effet, qualifié de « chiffon de papier ». Un « Compréhensive Peace Agreement » signé le 9 janvier 2005, dont l’Article 1 de la nouvelle constitution soudanaise déclarait en ces termes : « Le Soudan est une nation accueillante, où races et cultures cohabitent et où les religions sont réconciliées ». La situation au Sud reste toujours grave et alarmante. Il n’y a pas eu d’amélioration.

John Garang, leader de la rébellion du Sud et après l’acte de « réconciliation », le Vice-président du Soudan, meurt trois semaines après la signature de l’accord dans un brutal accident d’hélicoptère. Il faut ici rendre hommage à l’Homme qu’il fut : un combattant de la liberté, une lueur d’espoir pour le Soudan, l’alter ego Africain d’un Commandant Massoud.

Les violences n’ont pas diminué au Sud Soudan : politique de terreur menée par des milices progouvernementales, mise en esclavage, au sens propre, de la population et camps de réfugiés au Nord de l’Ouganda. La situation ne s’est pas améliorée, bien au contraire, pour les populations africaines en majorité non musulmanes du Sud Soudan. Près de Khartoum, les camps de réfugiés demeurent.

Soyons clairs, le Darfour n’est que la répétition cynique des crimes du Sud. Et cela, avec une morbide logique similaire, l’ONU paralysée par sa propre procédure et des démocraties sous influence.

Et le Vatican n’a pas gardé le Silence.

L’Ouest et le Sud du Soudan transformés en zone de non-droit international, en lieux de massacres, où s’étendent des cohortes de désespérés allant chercher refuge derrière une frontière qui se voudrait salvatrice, mais qui, en réalité, est un camp de réfugiés où règnent « la pauvreté, le désespoir et la mort ».

Il faut aussi souligner, outre « les crimes de guerre » de Khartoum, les offenses de plus en plus inquiétantes des gens d’Omar El Béchir envers les libertés fondamentales religieuses. Le rapport de l’Aide aux Eglises en Détresse, est probant. Pour l’année 2005, le réquisitoire est accablant et nous fait constater la nature brutale et systématique des exactions des maîtres de Khartoum envers la minorité chrétienne. Depuis 1999, les responsables des Eglises ont observé, autour de la capitale, une dégradation certaine : expropriations, voire démolitions, pour raisons dites administratives des propriétés de l’Eglises.

Intimidations et arrestations arbitraires, voire avec brutalité, de responsables de l’Eglise par des « agents du gouvernement en civil ». Police secrète, arrestations d’Ecclésiastiques, cela nous rappelle la Pologne de Jaruzelski !

Nous sommes ici, ni à l’Ouest, ni au Sud, mais au coeur du pays, où régnera, soyez en persuadés, bientôt « la pauvreté, le désespoir et la mort », malgré les fortunes accumulées, grâce aux diamants, des gens d’El Béchir.

Et le Vatican n’a pas gardé le Silence.

Depuis plus de quinze ans, Le Saint Siège a alerté la Communauté internationale sur la dérive brutale du régime autoritaire de Khartoum (issu d’un coup d’Etat).

Nous avons déployé beaucoup d’énergie à vouloir « Sauver Le Darfour », malgré, encore, quelque hypocrisie due à une diplomatie internationale se voulant apaisante. Quatre ans après les négociations stériles et échanges de missives entre le Président soudanais et les Secrétaires généraux successifs de l’ONU, nous ne pouvons plus ignorer la nature réelle du pouvoir central soudanais. Un régime massacreur qui fait des gestes d’ouverture dès lors que la pression monte et se ravise dès lors que celle-ci apparaît moins forte.

Reste aujourd’hui, à passer à l’action, un morbide compteur tourne au Darfour et il n’est pas sur le point de s’arrêter. Il serait naïf de croire, qu’une diplomatie molle pourrait résoudre le problème.
Il est temps qu’une véritable mobilisation politique pour le Darfour succède à la seule générosité financière.

« Sauver Le Darfour », fait un appel pour une Union Sacrée pour SAUVER LE SOUDAN. C’est par l’effort combiné des gouvernements, des ONG, des diplomaties, de l’Eglise Catholique, et des autres autorités religieuses du Soudan, oeuvrant pour la Paix et la Justice et avec toutes les forces démocratiques soudanaises, que nous arriverons à mettre un terme au règne de « la pauvreté, du désespoir, et de la mort » dans ce pays.