Laissez-nous sauver les victimes du Darfour !,

Par Denis Metzger

Le Monde, 06 Avril 2007

Depuis une dizaine de jours, le voici revenu sur le devant de la scène politique et médiatique par le sursaut de mobilisation de différentes personnalités. Opportunisme, diront certains, démagogie, penseront les autres.

Un débat s'installe dans les tribunes de nos journaux et les solutions tout d'un coup fusent pour répondre à ce conflit : appel aux armes, corridor humanitaire et même boycottage des Jeux olympiques de Pékin... Le mérite est là : le Darfour force, le temps de quelques jours, la porte de nos présidentiables, de nos médias et de l'opinion publique. Des portes trop longtemps restées fermées. Mais à peine s'entrouvrent-elles que le son de la discorde monte et les cris des Darfouriens s'estompent à nouveau.

Pendant ce temps, les acteurs humanitaires restent impuissants face au triste sort des milliers de victimes de ce conflit, incapables de répondre aux plus graves urgences des populations déplacées, des villageois qui ont tout perdu et dont le salut ne repose que sur une aide internationale. Immobilisées par une violence qui ne les épargne pas, les équipes d'Action contre la faim - comme celles des autres ONG présentes au Darfour - sont contraintes de réduire drastiquement leurs actions, laissant les espaces humanitaires, derniers sanctuaires des populations civiles, à la proie des bandes armées.

Si la situation d'urgence a été "tenue à bout de bras" par la communauté humanitaire depuis le début du conflit, cette dernière n'est plus en mesure aujourd'hui d'assurer totalement son rôle. La part des zones du Darfour qui demeure accessible aux ONG diminue chaque jour un peu plus.

Depuis décembre 2006, les programmes d'Action contre la faim dans les zones rurales au Nord et au Sud Darfour ont ainsi dû être progressivement suspendus. En cause d'abord, les attaques multiples et répétées contre les acteurs humanitaires, notamment pour s'approprier les véhicules. En cause aussi l'apparition depuis des mois de nombreux et nouveaux groupes rebelles. Ces groupes ou factions sont extrêmement mouvants et ne possèdent pas de réelles chaînes de commandement identifiables. Il est donc très difficile d'avoir des interlocuteurs crédibles quand il s'agit de négocier un accès, d'obtenir des garanties de sécurité. C'est un flou généralisé qui règne en ce moment au Darfour quant à l'identité d'une partie des protagonistes de la violence armée.

Les équipes d'Action contre la faim ont dû quitter, la mort dans l'âme, le camp de Gereida, où près de 130 000 personnes dépendaient au quotidien de nos distributions alimentaires pour vivre. Allez dire à tous ces acteurs humanitaires qui ont été volés, frappés, violés et, pour douze d'entre eux en 2006, tués que le conflit sera résolu par les armes ! Alors oui, la solution au conflit au Darfour est politique. Oui, il faut faire taire les armes. Oui, il faut ramener les villageois sur leurs terres. Mais il faut d'abord, et en urgence, pouvoir apporter une aide humanitaire à ceux qui sont en train de mourir.

Les gouvernements européens et les organisations internationales doivent imposer immédiatement le retour à la table des négociations pour que, a minima, les acteurs humanitaires puissent apporter une assistance aux Darfouriens, que ce conflit va encore tuer demain. Des sanctions doivent d'ores et déjà être imposées à l'encontre des pays ou des groupes armés qui entraveraient ce respect du droit humanitaire. Les chefs d'Etat et de gouvernement doivent en faire une priorité. La survie de plusieurs centaines de milliers de personnes en dépend.
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Denis Metzger, président d'Action contre la Faim
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L'association Sauver Le Darfour partage l'idée du Président d'ACF que la résolution du conflit au Darfour est politique et demande donc la réunion d'une Conférence Internationale sur la crise du Darfour.