Darfour: une lueur dans la nuit

Par Vincent Hugeux

L'express, 11 Mai 2006

Le récent accord sera-t-il respecté?

On voudrait fêter l'accord et louanger ses promoteurs. Mais le long calvaire de la province soudanaise du Darfour, jalonné par tant de promesses bafouées, ternit l'éclat du document qu'ont signé le 5 mai, à Abuja (Nigeria), le pouvoir de Khartoum et la plus influente des deux factions rivales du Mouvement pour la libération du Soudan. Pacte partiel, puisque l'aile minoritaire de celui-ci a récusé le texte, tout comme le Mouvement pour la justice et l'égalité, sous influence islamiste.

Il faut bien sûr s'accrocher à ce fragile espoir, fruit du volontarisme de Washington. Est-ce un signe? Le régime d'Omar al-Bachir, qui jurait fin février de faire du Darfour le «cimetière» des envahisseurs occidentaux, envisagerait de lever son veto sur le déploiement futur de Casques bleus appelés à suppléer les 7 000 soldats de la paix de l'Union africaine. Seule une force étoffée, puissamment équipée et dotée d'un robuste mandat peut prétendre préserver une trêve imposée, et non pas consentie, dans un climat empoisonné par la méfiance.

D'autant que le fameux accord pâtit de sa formulation, évasive. Comment croire à l'amorce, dès le 15 mai, du désarmement des milices arabes janjawids, souvent fondues au sein de l'armée régulière? De même, les modalités du «partage du pouvoir et des ressources» demeurent imprécises. Quant au référendum prévu à l'horizon 2010, il ne portera que sur l'éventuel regroupement en une seule entité des trois Darfour - nord, sud et ouest - au sein de l'Etat fédéral.

Pour l'heure, l'impact de cette avancée sur le sort des civils est indécelable. Dans la seule région de Gereida, 250 000 d'entre eux viennent de fuir des raids et des combats d'une intensité inédite. Et des centaines de milliers de déplacés restent hors d'atteinte: persécutés par l'armée soudanaise ou ses supplétifs, pillés et rançonnés par la rébellion, les fantassins de l'humanitaire s'échinent souvent en vain à acheminer les secours. Il y a plus navrant: faute d'argent, le Programme alimentaire mondial a dû réduire de moitié la valeur nutritive de ses rations alimentaires.