Regain de violence au Darfour

Par Didier Samson

Rfi, 29 Janvier 2005

Avant le sommet des chefs d’Etat, l’exécutif de l’union africaine, il est de coutume que les organes spécialisés se réunissent pour faire le point et pour choisir ou confirmer certaines orientations que valident les présidents de la République. C’est dans ce contexte que le Conseil de paix et sécurité a renouvelé sa confiance dans le processus de paix amorcé au Soudan entre le gouvernement et la rébellion du sud qui devrait avoir des répercussions positives pour le Darfour où un conflit a éclaté depuis février 2003.

Le conseil a également demandé aux différentes parties d’apporter leurs concours à la Mission de l’Union africaine au Soudan (AMIS) pour la mise en œuvre des décisions prises lors de la réunion de la commission conjointe à Ndjaména (Tchad), les 3 et 4 janvier derniers.

Le maintien du cessez-le-feu exige, selon le Conseil de paix et sécurité, que « le gouvernement du Soudan doit retirer immédiatement ses forces des positions qu’elles occupaient avant l’offensive militaire lancée le 8 décembre 2004, afin de créer les conditions propices à la reprise des négociations politiques ». Le Conseil recommande également aux mouvements rebelles de communiquer précisément leurs positions militaires desquelles ils ne devraient plus bouger.

Pour appuyer toutes ces résolutions, l’Union européenne a décidé de mettre à la disposition des missions de paix au Soudan et en Centrafrique plusieurs millions d’euros. Mais toutes ces avancées sont aujourd’hui compromises par la reprise des opérations militaires des uns et des autres. Un véritable camouflet pour les autorités de l’Union africaine, qui se réunissent à Abuja au Nigeria.
En effet, les 13 et 21 janvier ont été des dates meurtrières dans l’ouest du Soudan. Une première attaque a eu lieu le 13 janvier dans le sud du Darfour, à Amada et qui a fait une trentaine de morts selon les sources de l’UA à Addis-Abeba. Dans le même secteur, une semaine plus tard, le 21 janvier, une autre attaque a visé 4 villages faisant 24 morts, 26 blessés et 6 disparus, selon les mêmes sources. Ces attaques ont été attribuées aux groupes rebelles et en particulier au Mouvement de libération du Soudan (SLM).

Des mesures de représailles ont été prises par le gouvernement qui a ordonné des raids aériens sur cette région, le 27 janvier. « C’est l’attaque la plus grave perpétrée ces derniers mois. Elle a fait une centaine de morts », a déclaré, AdamThiam, un porte-parole de l’UA à Addis-Abeba. Plusieurs milliers de personnes se seraient déjà lancées sur les chemins de l’exode pour fuir les zones de combat.

- Au secours, Bongo !

L’Union africaine a immédiatement commandé une enquête et demande à Khartoum de stopper les raids aériens. Elle a également mis en alerte ses troupes, fortes de 1 700 soldats qui organisent dans toute la région des patrouilles. Londres, Paris et Washington ont condamné les différentes violations du cessez-le-feu. Le secrétariat d’Etat américain envisage de faire pression sur le Conseil de Sécurité des Nations unies pour qu’il étudie une panoplie de sanctions qui devrait accompagner les accords signés par toutes les parties impliquées dans le conflit.

Les négociations entre le pouvoir et les rebelles, menées à Abuja ont été suspendues en décembre 2004 et doivent reprendre en février 2005. Mais un des groupes rebelles du Darfour, le Mouvement pour la justice et l’égalité (JEM) a exprimé un certain ras-le-bol devant des rounds de négociation de Ndjaména à Abuja qui ne débouchent pas sur des engagements fermes. Ils ont alors demandé au président Omar Bongo du Gabon, de se saisir du dossier pour « débloquer les pourparlers ». Le colonel Abdel Kerim, porte-parole militaire du JEM, affirme avoir obtenu du président Bongo un accord de principe, mais « il nous donnera sa réponse après le sommet », précise-t-il.

Les dernières sorties diplomatiques du président gabonais, surtout à propos du « dossier centrafricain » ont convaincu les rebelles soudanais. « Ce qui se passe au Darfour est une révolte d’esclaves contre leur maître. Nous pensons qu’il saura dire ces mots devant tout le monde. C’est le seul moyen de trouver une solution », affirme Abdel Kerim visiblement séduit par le franc parler du chef de l’Etat